Epouse d’un descendant des empereurs moghols, la princesse Salima Begum (68 ans) vit dans un bidonville de Howrah (état du Bengale occidental) et dans le dénuement le plus complet. Depuis années, elle se bat pour récupérer le Fort rouge de New Delhi, ancienne propriété de sa famille dont le nom, jadis glorieux, a été relégué dans les pages jaunies de l’Histoire. Saisie, la Haute-cour de New Delhi a rendu un jugement pour le moins surprenant.

Le Fort rouge de New Delhi.

Elle affirme être la veuve de l’arrière-petit-fils du dernier empereur moghol, Muhammad Bahâdur Shâh. La princesse Salima Begum entend obtenir réparation pour l’expropriation subie par la famille impériale lorsque les britanniques ont déposé le monarque en 1862 et mit fin à un empire vieux de cinq siècles. Si on a retenu la construction du Taj Mahal, devenu un haut-lieu du tourisme indien, il en est un autre qui attise toutes les convoitises. Construit entre 1636 et 1648, le Fort rouge de New Delhi est un vaste complexe, symbole de la puissance moghole et le théâtre de tous les rebellions (dont celle des cipayes en 1857). Transformé en musée, Salima Begum a réclamé que les lieux lui soient restitués, à défaut une compensation financière pour cette expropriation qui lui permettrait de retrouver un statut impérial.

Muhammad Bahâdur Shâh.

 

Princesse des bidonvilles

L’héritage des moghols divisent beaucoup d’autant que cette dynastie musulmane n’a pas laissé de grands souvenirs à une population majoritairement hindoue. Les héritiers de cette maison vivent d’ailleurs au Pakistan.  Veuve, elle a dû se battre pour obtenir une pension, arguant que le gouvernement du Premier ministre Jawaharlal Nehru avait reconnu Mirza Muhammad Bedar Bakht, son époux de 32 ans son cadet, comme l’héritier de feu Muhammad Bahâdur Shâh et qu’une rente lui avait été également accordée. La princesse Salima Begum a bien reçu une pension dès août 1980 mais insuffisante à ses yeux pour vivre selon son rang. En 2010, le gouvernement a décidé de se pencher sur sa demande de réévaluation de pension et a accepté de passer le montant mensuel de 400 (équivalent de 4 €) à …6000 roupies (soit 70€).  « Pouvez-vous imaginer que les descendants des Empereurs vivent aujourd’hui dans une immense pauvreté ? » explique la princesse qui vit dans un bidonville, interrogée par le quotidien « Hindu times » qui a couvert cette affaire jugée anachronique par beaucoup d’indiens.

La princesse Salima Begum. @Dynastie/AFP

Une perte de temps pour la Haute-cour de New Delhi

« Quelle immense perte de temps ! ». La Haute-cour de New Delhi, présidée par la juge Rekha Palli, a rendu son jugement le 19 décembre dernier et a rejeté la demande de la princesse, estimant que son avocat avait été incapable de justifier ses revendications, renvoyant la plaignante à ses livres d’histoire. Un comble quand on sait que l’intéressée est illettrée mais symptomatique de l’animosité qui perdure contre les moghols, souvent accusés d’avoir failli dans leur mission de protéger la terre sacrée de Bouddha. « Si ses descendants n’ont fait aucune demande de ce type alors qu’ils sont en exil, quelle légitimité y a-t-il à le revendiquer aujourd’hui ? » a déclaré la juge en classant le dossier. Son avocat a toutefois décidé de faire appel de cette décision, expliquant que « la pauvreté dans laquelle elle vivait l’avait poussé au bord du gouffre » .

Frederic de Natal