C’est un anneau historique qui reste controversé. Présenté en grande pompe comme étant celui de Jeanne d’Arc, le célèbre bijou a été acheté par le parc d’attraction du Puy du Fou, fondé par Philippe de Villiers. Pourtant différents historiens ont émis de sérieuses réserves sur son authenticité.  

Jeanne d’Arc est un personnage indissociable de l’Histoire de France et de la guerre de Cent Ans. Des milliers de biographies ont été rédigées sur la vie de cette héroïne qui a délivré la France des Anglais. Béatifiée par l’Église catholique dans la première moitié du XXème siècle, les exploits de la Pucelle d’Orléans restent ancrés dans le subconscient national et l’objet de divers fantasmes. En 2016, un anneau présenté comme ayant appartenu à Jeanne d’Arc est mis aux enchères à Londres. Il est rapidement acquis par le parc du Puy du Fou pour une forte somme. Exposé comme une relique, plusieurs médiévistes, reconnus comme Colette Beaune, Philippe Contamine ou bien encore Olivier Bouzy, le directeur adjoint de l’Historial Jeanne d’Arc à Rouen, vont rapidement émettre des réserves sur l’authenticité de cet anneau et vont le faire savoir publiquement.

Les Bourguignons capturent Jeanne d’Arc lors du siège de Compiègne. Miniature extraite des Vigiles de Charles VII de Martial d’Auvergne, Paris, BnF, département des manuscrits, @Wikicommons

Les trois anneaux de Jeanne d’Arc

Officiellement, il existerait trois anneaux ayant appartenu à Jeanne d’Arc. Le premier, en or, a été mentionné dans une lettre écrite par le comte Guy XIV de Laval. Il aurait été transmis en 1429 par la Pucelle à Jeanne de Laval, veuve de Bertrand du Guesclin. On ne sait pas ce qu’il est advenu de cet anneau qui disparaît de l’histoire officielle. Le second, dont l’aspect est inconnu, a été donné à Jeanne d’Arc par son frère. Il est mentionné dans les minutes de son procès en condamnation. Lorsque le juge demande à la bergère de Domrémy si elle portait des bagues, elle se tourne alors vers l’évêque Cauchon et s’exclame : « Vous m’en avez pris une. Rendez-là moi ! ». Elle n’obtiendra pas gain de cause. L’anneau va également connaître le même destin que le premier. Reste le troisième. Offert par ses parents, il lui est subtilisé par les Bourguignons lors de sa capture devant Compiègne (1430). On retrouve sa description lors du procès grâce à Jeanne d’Arc elle-même : « Il devait y avoir dessus les noms écrits de Jésus et de Marie. Je ne sais qui les avait fait mettre ; il n’y avait pas de pierre précieuse […]. », « s’il est d’or, ce n’est pas de l’or fin ; je ne sais s’il est en or ou en laiton. Il y avait trois croix dessus, me semble-t-il, mais pas d’autre signe que je sache, excepté Jésus Maria ». Si les juges se sont tant intéressés à ce troisième anneau, que la Pucelle portait toujours à l’index gauche et qu’elle regardait souvent, c’est qu’ils cherchaient à prouver qu’elle y avait enfermé un démon familier qu’elle aurait utilisé pour obtenir protection et victoire. En liant l’accusation et les actions de Jeanne d’Arc, ils souhaitaient la faire condamner pour sorcellerie. En vain.

Aucun doute possible pour le Puy du fou

Pour Philippe de Villiers, fondateur du parc, il ne fait aucun doute que l’anneau acquis est le troisième décrit par Jeanne d’Arc. L’ancien député se base sur plusieurs études différentes. Une analyse par fluorescence de rayons X, réalisée par un laboratoire anglais d’Oxford qui est arrivé à la conclusion que l’anneau est en argent plaqué or et que le résultat est cohérent avec la base de données que possède le laboratoire sur les objets d’arts du XVe siècle. Deux expertises, effectuées par l’experte en bijoux anciens, Vanessa Soupault, et de la spécialiste en bijouterie médiévale, Anne-Sophie Aimé, ont corroboré l’analyse de l’anneau par rayons X et confirmé sa datation. Pour autant, des doutes subsistent. Rienne permet d’affirmer que cet anneau date du début du XVe siècle plutôt que de la fin. Ces expertises ne permettent pas plus de confirmer qu’il a appartenu à la Pucelle d’Orléans. Philippe Contamine a d’ailleurs exprimé son regret qu’aucune contre-expertise n’ait été effectuée avant l’achat, auprès de musées comme ceux du Louvre, de Cluny ou bien le Victoria and Albert Museum qui aurait pu éviter tous les doutes.

Un faux pour les historiens

En effet, l’analyse par fluorescence de rayons X a révélé que l’anneau exposé au Puy du Fou était en vermeil, c’est- à-dire en argent recouvert d’une fine couche d’or. Or, Jeanne n’évoque pas lors de son procès un anneau en argent, mais un anneau en or ou en laiton. Un alliage qui n’est pas évoqué par le laboratoire d’Oxford. Il s’agit là d’une incohérence que les historiens n’ont pas manqué de pointer face aux affirmations de la famille de Villiers.  Autre incohérence pour les historiens, la généalogie de l’anneau fournie par le Puy du Fou. Celle-ci fait remonter l’anneau de Jeanne d’Arc à Henri Beaufort, cardinal-évêque de Winchester, qui fut présent lors du procès de la Pucelle. Ce qui sous-entendrait que l’anneau acheté par le parc serait celui confisqué par l’évêque Cauchon, non celui pris par les Bourguignons, que l’évêque de Beauvais aurait ensuite offert au cardinal Beaufort. Ce dernier l’aurait par la suite donné au roi Henri VI. Un anneau qui va passer de mains en mains au cours des siècles. Pour les détracteurs de l’anneau, cette généalogie n’a rien de sérieux. Selon Olivier Bouzy, rien ne permet d’ailleurs d’affirmer que les Bourguignons aient donné cet anneau à l’évêque Beaufort ou à l’évêque Cauchon comme il est improbable que les deux anneaux aient eu la même composition.

Les historiens William Blanc et Christophe Naudin ont cosigné une tribune dans le quotidien Le Monde, accusant le Puy du Fou d’avoir acquis l’anneau pour des raisons « mémorielles, politiques et économiques  » Une tribune pour le moins incendiaire qui s’est terminée devant les tribunaux. « Si on me l’avait demandé, je n’aurais pas conseillé l’achat. La traçabilité depuis 1425 jusqu’à nos jours me paraît non démontrée. Trop d’inconnues, trop de suppositions » précise Philippe Contamine. Aujourd’hui encore, la polémique continue. Le Puy du Fou campe sur ses positions, préférant attendre que les historiens démontrent que l’anneau n’est pas celui de Jeanne d’Arc plutôt que chercher à démontrer le contraire. Si le parc d’attraction vendéen n’a jamais caché son approche romancée de l’Histoire, reléguant la science historique au second plan, certains historiens continuent de s’interroger sur le caractère d’une telle démarche, à fortiori lorsque l’objet de la querelle serait la seule relique existante de Sainte Jeanne d’Arc. Reste la symbolique.  En ces temps difficiles, quoiqu’on en dise, elle est indiscutable. 

Marc Gastoué