Coup de tonnerre au sein de la monarchie britannique. L’ex-prince Andrew Mountbatten-Windsor a été interpellé par la police, avant d’être relâché, soupçonné d’avoir divulgué des documents confidentiels au milliardaire et criminel Jeffrey Epstein.
Frère cadet du roi Charles III, ancien envoyé spécial pour le commerce international au titre de la Couronne britannique, l’ex-prince et ex-duc d’York Andrew Mountbatten-Windsor a été arrêté dans le cadre d’une enquête liée aux ramifications britanniques du scandale Jeffrey Epstein.
Soupçonné d’abus de fonction pour avoir transmis des informations potentiellement confidentielles au financier américain, il a été relâché sous contrôle judiciaire après plusieurs heures de garde à vue. Un épisode inédit qui ébranle l’institution monarchique.
BREAKING: Andrew Mountbatten-Windsor, King Charles’ brother, has been arrested on suspicion of misconduct in public office, ABC News understands.
— ABC News (@ABC) February 19, 2026
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Une arrestation au retentissement historique
Jeudi 19 février 2026, jour de son 66ᵉ anniversaire, l’ex-prince Andrew Mountbatten-Windsor a été interpellé par la police de la vallée de la Tamise. Si les autorités se sont d’abord contentées d’évoquer l’attestation « d’un homme d’une soixantaine d’années originaire du Norfolk » soupçonné d’abus de fonction publique, il a fallu peu de temps avant que les médias ne révèlent qu’il s’agissait du fils cadet de la reine Elizabeth II.
Une première dans l’histoire contemporaine britannique puisqu’il faut remonter à 1649, pour retrouver un fait similaire, avec le roi Charles Ier arrêté par le Parlement, dont la tête sera mise sur le billaud, ou encore 1936 avec l’abdication du roi Edward VIII qui menaça brièvement les bases de l’institution royale en raison des origines de cette décision.
L’enquête judiciaire a été déclenchée après la mise en ligne de documents relatifs à l’affaire Jeffrey Epstein, du nom de cet influent milliardaire retrouvé pendu dans sa cellule en 2019 , accusé d’être à la tête d’un réseau criminel pédophile, incriminant le frère du roi Charles III. Outre quelques photos scabreuses, ce sont des courriels datant de novembre 2010, lorsque Andrew occupait encore la fonction d’envoyé spécial du Royaume-Uni pour le commerce et l’investissement, poste qu’il a exercé de 2001 à 2011, qui ont attiré l’attention de la police..
Selon les documents transmis par l’administration du Président américain Donald Trump, Andrew Mountbattent-Windsor aurait transmis à Jeffrey Epstein des rapports relatifs à des visites officielles dans certains pays d’Asie, ainsi que des éléments sur des opportunités d’investissement. Or les directives encadrant les envoyés spéciaux imposent un strict devoir de confidentialité concernant toute information commerciale ou politique sensible recueillie lors de missions officielles. Cela a conduit la justice également demander la perquisition de deux de ses propriétés : l’une dans le Norfolk, près de Sandringham, l’autre dans le Berkshire, non loin du domaine de Windsor.
Si ces échanges étaient jugés constitutifs d’un abus de fonction publique, l’infraction pourrait entraîner de lourdes sanctions pénales, allant des années de prison ferme et une condamnation pour haute trahison.
BREAKING: Statement from King Charles III on the arrest of Andrew Mountbatten-Windsor. Says he supports police and "The law must take its course" pic.twitter.com/Rs0tm5zy6F
— Jack Royston (@Jack_Royston) February 19, 2026
D’un prince populaire à un paria royal
Né le 19 février 1960, troisième enfant de la reine Elizabeth II et du prince Prince Philip, Andrew grandit dans l’ombre de son frère aîné Charles. Il servira comme pilote d’hélicoptère durant la guerre des Malouines en 1982, ce qui lui vaut un prestige durable au sein de l’opinion britannique, et va faire une longue carrière dans l’aéronautique navale.
Créé duc d’York en 1986, son mariage avec Sarah Ferguson la même année, suivi par 500 millions de personnes, puis la naissance de leurs deux filles, Beatrice et Eugenie, achèvent de l’installer comme figure centrale de la famille royale des années 1980 et 1990. Une vie de couple qui s’achève en 1992 après la publication de photographie volées par le Daily Mirror qui révèle la relation extra-conjugale de « Fergie » avec le financier texan John Bryan. Toutefois, Ils vont garder d’excellentes relations et Andrew Mountbatten-Windsor sera aperçu avec son ex-femme à diverses reprises dans les années suivantes.
Mandaté par la Couronne Britannique dans le cadre de missions commerciales, c’est la relation entretenue avec Jeffrey Epstein qui va progressivement ternir son image. L’interview catastrophique accordée à la BBC en 2019, au cours de laquelle il tente de répondre aux accusations de Virginia Giuffre — qui affirme avoir été contrainte d’avoir des relations sexuelles avec lui alors qu’elle était mineure — précipite sa chute.
En 2022, il conclut un accord financier à l’amiable avec Virginia Giuffre aux États-Unis, sans reconnaissance de responsabilité. Une somme chiffrée à 20 millions de Livres sterling payée par la reine Elizabeth II et une partie des contribuables. Le scandale est retentissant et contraint la monarchie a prendre des décisions inédites. Retrait de ses patronages, fin de l’utilisation de son appartement au palais royal, profil supprimé du site officiel de la monarchie britannique… Andrew Mountbatten-Windsor est prié dé faire profil bas.
La monarchie, soucieuse de préserver son image, l’écarte définitivement de la vie publique. En 2024, Charles III lui retire ses titres militaires honorifiques et son traitement officiel (interdiction de porte son uniforme de vice-amiral, retrait de son titre de duc d’York et de prince), l’obligeant à quitter sa résidence de Windsor.
Andrew Mountbatten-Windsor pictured leaving police station in back of car following earlier arrest - live updates https://t.co/qX84Y56cj8
— BBC Breaking News (@BBCBreaking) February 19, 2026
Buckingham Palace résilient face à la tempête
Dans une déclaration rare, signée de sa main, pour laquelle le prince héritier William de Galles a été préalablement consulté d’après la BBC, le roi Charles III a affirmé que « la justice devait suivre son cours », promettant coopération et soutien aux autorités. Une formule mesurée qui traduit la ligne adoptée par le palais : respect strict de l’indépendance judiciaire, distance institutionnelle et absence de commentaire sur le fond. Seule la raison d’État l’emporte au détriment des liens du sang.
De son côté, le Premier ministre travailliste Keir Starmer a rappelé qu’« nul n’est au-dessus des lois », Aux États-Unis, le président Donald Trump, connu pour son admiration de la famille royale a qualifié l’arrestation de « très triste », preuve que l’affaire dépasse largement les frontières du Royaume-Uni.
L’arrestation, suivie de la levée de sa garde à vue plusieurs heures après son interpellation, tard dans la soirée, intervient également dans un contexte délicat pour Charles III, engagé dans une modernisation prudente de sa royauté et soucieux d’incarner une monarchie plus sobre, recentrée sur un nombre restreint de membres actifs. L’affaire Andrew Mountbatten-Windsor interroge aussi sur la responsabilité des élites, la transparence des institutions et la capacité de la monarchie britannique à se maintenir au-dessus des turbulences judiciaires.
Si l’ex-prince Andrew demeure toujours huitième dans l’ordre de succession, il reste désormais sans rôle public ni fonction officielle. Sa déchéance publique symbolise la volonté du souverain de sauvegarder l’image de l’institution royale qui reste encore populaire parmi les Britanniques. 64% d’entre eux la soutiennent toujours selon un sondage You Gov contre 23% en faveur de la république.
Alors que l’enquête se poursuit, le Royaume-Uni assiste à un moment charnière : celui où l’autorité symbolique de la Couronne se trouve face à l’exigence absolue d’égalité devant la loi. Dans cette confrontation entre tradition séculaire et impératif contemporain de justice, l’institution monarchique joue une part essentielle de sa crédibilité future. Nul doute qu’elle devrait surmonter cette crise.
Frédéric de Natal
Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.







