Fille aînée du prince Reza Pahlavi, la princesse Noor, 33 ans, est devenue au fil des années un symbole pour la jeunesse iranienne, le fil d’une continuité dynastique. Le prince Davoud Pahlavi soutient pleinement sa désignation comme héritière au trône du Paon.

Depuis le début de la contestation en Iran (2018), la princesse Noor Pahlavi, attire tous les regards. Elle est devenue en peu de temps, le symbole d’une jeunesse avide de liberté.

C’est en 1925 que les Pahlavi sont montés sur le trône du Paon. La nouvelle monarchie réforme drastiquement un état encore trop moyenâgeux, s’inspirant de ce qui s’est fait en Turquie voisine.  Selon la constitution établie, inaugurant le règne du premier des Pahlavi, les règles de succession impériale sont strictement définies : la Couronne devait revenir à un héritier mâle en ligne directe, excluant les femmes de la transmission du trône.

Aujourd’hui, discuter d’une désignation de la princesse Noor comme héritière du trône dans l’hypothèse où la monarchie serait restaurée, implique nécessairement de penser une réforme de ces règles. Un changement que soutient le prince Davoud Pahlavi, 54 ans, « pleinement et avec enthousiasme » comme il l’indique à la Revue Dynastie.

« Les articles suivants précisent qu’aucune modification de ces règles ne peut intervenir sans un vote des deux chambres législatives, le Majles et le Sénat, suivi de la sanction et de la promulgation par le Roi régnant lui-même. Autrement dit, la loi fondamentale de la dynastie est claire : la succession est réservée aux hommes, et toute évolution exige l’accord exprès des représentants du peuple et du souverain », explique  le cousin du prince Reza Pahlavi, prétendant au trône. « Or, depuis février 1979, l’Iran n’a plus ni Majles libre ni Sénat. Le régime des mollahs a dissous ces institutions, remplacé notre Constitution par une théocratie et fait du Guide suprême le véritable détenteur du pouvoir. Dans ces conditions, comment Reza Pahlavi peut-il légitimement modifier une règle aussi solennelle ? La réponse tient en trois dimensions : juridique, historique et morale », ajoute-t-il en préambule de cet entretien.

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Une princesse engagée pour la défense des droits humains

« Pour la première fois depuis la fondation de la dynastie, la règle de primogéniture strictement masculine va être transcendée. », déclare le prince Davoud Pahlavi. Une prise de parole qui n’est pas anodine quand on sait que le concerné est lui-même un héritier désigné au trône selon l’ancienne constitution impériale.

Née le 3 avril 1992 à Washington, la princesse Noor Pahlavi appartient à une génération profondément engagée. Diplômée de Georgetown. Titulaire d’un Bachelor en psychologie de l’université de Georgetown (2014) et d’un MBA de la Columbia Business School (2020, polyglotte, elle a participé aux manifestations contre le régime des mollahs et pris la défense des femmes iraniennes à diverses reprises. Elle est depuis dix ans une voix constante auprès de la diaspora, un symbole pour ses compatriotes de l’intérieur. « Noor n’est pas une princesse de conte de fées posée sur un trône décoratif. Elle est une femme de trente-trois ans… engagée depuis plus de dix ans dans la défense des droits humains et de l’instauration de la démocratie. », tient à rappeler d’ailleurs le prince Davoud Pahlavi.

Voile obligatoire, excès policiers, interdiction de chanter ou voyager librement, discriminations juridiques…, les Iraniennes ont eu leurs martyrs : Mahsa Jina Amini en 2022, Nika Shakarami, Sarina Esmailzadeh, Hadis Najafi, et des milliers d’autres battues, victimes d’exactions dans les geôles du régime ou exécutées pour avoir simplement réclamé leur liberté. Réformer la loi de succession, souligne Davoud, est « loin d’être un caprice personnel ou une concession à la mode occidentale :  Ce choix… est un acte d’une portée historique considérable. », assure-t-il. À travers ses prises de position, elle place « la monarchie comme une force réformiste, non comme un vestige du passé ».

Sous le régime des Pahlavi, le statut et les droits des femmes ont été largement étendus, notamment grâce à l’Impératrice Farah Pahlavi qui en a fera un combat personnel après son mariage avec le Shah Mohammed Reza Pahlavi  : abolition du port obligatoire du voile en 1936 (loi Kashf-e hijab) ; création d’écoles et d’universités mixtes ; droit de vote des femmes en 1963 ; accès des femmes aux postes de député, ambassadrices, ministres ; mise en place de la Loi sur la protection de la famille (1967, renforcée en 1975), la plus progressiste d’Asie à l’époque.

« Noor a pris la parole publiquement, avec calme et détermination, pour soutenir le mouvement Femme, Vie, Liberté. Elle incarne, par sa simple existence et par son engagement, tout ce que le régime cherche à détruire chez les Iraniennes : l’intelligence, la liberté, la beauté sans contrainte, la parole haute » , continue le prince Davoud. Pour lui, aucun doute, la princesse Noor est actuellement le futur de la Perse : « En la plaçant sur le chemin du trône, son père dira à toutes les Iraniennes, à celles qui ont été fouettées pour un voile mal mis, à celles qui ont perdu une fille sous la torture, à celles qui élèvent seules leurs enfants dans la peur : vous n’êtes pas inférieures, vous n’êtes pas impures, vous êtes l’avenir même de ce pays ! ».

Une réforme historique à venir  

 À ceux qui seraient contre un tel changement, le cousin de Reza Pahlavi balaye tous les arguments. Reza Pahlavi exerce la seule autorité légitime restée intacte depuis la révolution islamique : celle d’un souverain constitutionnel déchu par la force.  « En l’absence d’un Parlement souverain, Reza Pahlavi agit en tant que dépositaire vivant de la légitimité constitutionnelle… Il exerce le pouvoir constituant originaire. Il règne déjà, il réforme déjà, il transmet déjà », poursuit-il, accentuant ses propos dans le cadre d’une continuité dynastique naturelle.

Une réforme qui fait sens selon lui puisqu’elle placerait une monarchie iranienne restaurée dans le même mouvement que celle des Pays-Bas (1983), de la Belgique (1991), de Scandinavie (1980-1981) ou du Royaume-Uni (2013). D’un point de vue pratique, la primogéniture absolue garantit la stabilité dynastique, ajoute-t-il : «  c’est simple, clair, moderne, efficace. », résume Davoud Pahlavi. En désignant la Princesse Noor, le prince Reza Pahlavi « ne réglera pas seulement sa succession, mais il mettra en place un système qui choisit l’avenir », renchérit-il.

« Ce peuple, dans les manifestations de 2009, 2017, 2019 et surtout 2022, dans ses messages clandestins, dans les votes symboliques de la diaspora, a déjà plébiscité la famille Pahlavi comme l’alternative la plus crédible au régime actuel », tient à noter Davoud Pahlavi. N’en déplaise à une certaine opposition.

En devenant pleinement l’héritière au trône, la princesse Noor devra incarner sans nul doute le visage d’une dynastie qui relève la tête et s’inscrit pleinement dans les aspirations d’un Iran du XXIe siècle : un pays qui cherche la liberté, l’État de droit et la réconciliation entre tradition et modernité.


Frédéric de Natal

Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.

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