La maison de Bauffremont-Courtenay compte parmi les plus anciennes lignées de la noblesse française. Issue de Bourgogne et de Lorraine, elle s’est illustrée dès le Moyen Âge et a traversé les siècles en accédant au rang princier qui la caractérise aujourd’hui.
Dans l’histoire de l’aristocratie française, certaines familles se distinguent par la longévité de leur nom, la diversité de leurs alliances et leur capacité à traverser les transformations politiques de l’Europe. La maison de Bauffremont-Courtenay appartient à ce cercle restreint.
Issue de l’ancienne noblesse de Bourgogne, enrichie par des alliances prestigieuses et reconnue dans plusieurs cours européennes, elle incarne une tradition aristocratique qui s’étend sur près d’un millénaire. Princes du Saint-Empire, ducs, chevaliers de l’ordre de la Toison d’Or, ils furent les « cousins du roi ».

Les origines médiévales : la seigneurie de Bauffremont
C’est l’une des plus anciennes familles de l’aristocratie française. La maison de Bauffremont tire son nom d’une seigneurie située dans l’actuel département des Vosges, autour du village de Bauffremont.
C’est en 1157 que les sources mentionnent pour la première fois les seigneurs de ce lieu, installés sur une hauteur dominant la région bien que le premier membre de cette famille soit cité un siècle auparavant. Autorisé à battre monnaie, sous protection de l’Empereur Henri II, Odon de Bauffremont (1035-1092) pose les jalons d’une histoire à plusieurs branches. Au Moyen Âge, leur pouvoir repose essentiellement sur leurs possessions territoriales et leurs liens féodaux.
En épousant des héritières de familles voisines, les Bauffremont élargissent progressivement leur patrimoine et leur influence, s’approchent progressivement du pouvoir capétien. Les membres de la famille vont successivement occuper des fonctions militaires et administratives dans les principautés voisines, participant aux rivalités féodales qui structurent l’espace lorrain et bourguignon. Les alliances matrimoniales constituent rapidement un levier d’ascension. Tant et si bien que le baron Nicolas de Bauffremont (1520-1582), issu du rameau Sennecey, estimé du roi Charles IX, fut élevé à la charge de Grand-prévôt de France. Catholique convaincu, il participa au massacre de la Saint-Barthélemy à la tête d’une troupe et fut membre de la Ligue, adversaire du roi Henri III qu’il n’hésita pas à haranguer lors des Etats de Blois au nom de la noblesse française. Preuve de leur puissance reconnue.
Les Bauffremont entre dans l’histoire de France en lien leur destin aux Bourbons qu’ils finissent par reconnaître, avec la montée sur le trône du roi Henri IV, comme souverains légitimes de France. Claude de Bauffremont (1542-1596), fils du baron Nicolas, fut nommé Lieutenant-général au gouvernement de Bourgogne en récompense de la fidélité de cette famille à la monarchie française.

L’élévation à la dignité princière
A sa naissance, le marquis Joseph de Bauffremont (1714-1781) est bénéficiaire d’un pedigrée éloquent. Il appartient à la branche de Scey-sur-Saône;
Son père, Louis Benigne de Bauffremont (1685-1755) est détenteur de divers titres de noblesse, chevalier de la Toison d’Or. Sa mère, Hélène de Courtenay (1689-1768) est la dernière représentante de la maison du même nom dont la filiation remonte au roi Louis VI le Gros. Une famille qui a même régné sur l’Empire latin de Constantinople entre 1217 et 1261 et qui aurait pu prétendre à la couronne de France après l’assassinat du roi Henri III (1589).
Mais toutes les demandes en reconnaissance de prince du sang leur furent systématiquement rejetées par le Parlement.
Troisième enfant d’une grande fratrie, Joseph de Bauffremont se destine à la Marine où il va faire une grande carrière et se distingue militairement lors de diverses campagnes. En 1755, il est nommé chef d’escadre de la marine du roi de France. Un an plus tard, on lui octroie le titre de « cousin du roi de France », puis en 1757 prince du Saint-Empire romain germanique. Cette distinction témoigne de la position stratégique des Bauffremont entre le royaume de France et les territoires de l’Empire.

Comtes d’Empire, Pairs de France et ducs
Comme de nombreuses familles de la noblesse française, les Bauffremont sont profondément affectés par les bouleversements provoqués par la Révolution française en 1789. Leurs propriétés sont confisquées et plusieurs membres de la famille choisissent l’émigration comme le prince Alexandre de Bauffremont (1773-1833) qui part à Coblence, sert un temps en Espagne avant de revenir en France. Cette période marque une rupture importante dans l’histoire de la lignée, qui doit s’adapter à la disparition de l’ordre social de l’Ancien Régime.
En 1795, il obtient la radiation de son nom de la liste des émigrés. Titrée comte d’Empire par l’Empereur Napoléon Ier (1810), la famille de Bauffremont reste fidèle au Premier empire. Jusqu’à sa chute en 1815 où elle rallie les Bourbons. Son fils, Alphonse (1792-1860) sera aide de camp du Maréchal Murat avec lequel il entretient une forte fidélité hiérarchique. Nommé Pair de France, Louis XVIII décide d’en faire des ducs ?le 31 août 1817. Le prince Alexandre de Bauffremont fut d’ailleurs l’un de ceux qui vota la mort du maréchal Ney.
Parmi les personnalités les plus connues de cette prestigieuse famille est le prince et duc Paul de Bauffremont (1827-1893), fils d’Alphonse de Bauffremont. Il est une figure importante du monde aristocratique du XIXᵉ siècle. Mais, il est surtout resté célèbre pour une affaire judiciaire et mondaine retentissante à son époque : son divorce avec Valentine de Bauffremont (1839-1914), née Valentine de Riquet de Caraman-Chimay, qui avait quitté la France pour se remarier avec le prince Georges Bibesco. Cette affaire, connue sous le nom d’affaire Bauffremont, donna lieu à un arrêt majeur de Cour de cassation concernant la fraude à la loi en matière de nationalité et de divorce (1876).
Au XXIᵉ siècle, la famille conserve toujours une place visible dans les cercles aristocratiques européens, même si son rôle politique est désormais limité. Des membres de la famille participent à la vie culturelle, philanthropique et associative liée à la noblesse historique française. Ils restent également présents dans les cercles monarchistes ou patrimoniaux attachés à la mémoire de l’Ancien Régime, entretenant aussi des liens avec d’autres grandes maisons européennes par mariage.
Cousinant avec la Maison royale d’Espagne, la lignée actuelle est aujourd’hui représentée par le prince Charles Emmanuel de Bauffremont (né en 1946), dont descendance.
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Une lignée entre histoire et mémoire
La maison de Bauffremont-Courtenay représente un exemple caractéristique de la permanence des grandes familles aristocratiques européennes. Depuis ses origines féodales en Lorraine jusqu’à son intégration dans la noblesse princière du Saint-Empire, puis sa transformation à l’époque contemporaine, elle a traversé les régimes politiques et les bouleversements sociaux. Son histoire illustre la manière dont certaines lignées ont su préserver leur identité à travers les siècles, en combinant stratégie matrimoniale, service politique et adaptation aux transformations de la société.
Ainsi, derrière le nom de Bauffremont-Courtenay se dessine l’itinéraire d’une famille dont la trajectoire accompagne, à sa manière, près de mille ans d’histoire française.







