Titré à sa naissance prince du Saïd, par son père, Mohamed Ali Fouad est le fils aîné du dernier roi d’Égypte, Fouad II, et de Fadila, née Dominique France-Picard. Né au Caire le 5 février 1979, il s’est marié à Istanbul le 30 août 2013 avec la princesse Noal Zaher, petite-fille du dernier roi d’Afghanistan, Mohammed Zaher Shat. Le couple  a des jumeaux, le prince Fouad Zaher et la princesse Farah Noor, né les 12 janvier 2017. 

La maison royale d’Egypte. De gauche à droite : la princesse Noal, le prince Mohamed Ali, SAR le roi Fouad II et la princesse Fawzia Latifa Fouad @Dynastie

Dynastie : Monseigneur, vous descendez de Méhémet-Ali, pacha d’Égypte. Peut-on affirmer aujourd’hui qu’il est le père de l’Égypte moderne ?

Prince Mohamed Ali : C’est en effet exact. Même durant les heures sombre qui ont suivi le coup d’État des « officiers libres  » puis sous l’ère nassérienne, personne n’a pu contester l’apport de notre famille dans l’histoire de l’Égypte, ni réfuter le fait que Méhémet-Ali est le fondateur de l’Égypte moderne. Ce souverain visionnaire  pourrait être un personnage d’un des romans d’Alexandre Dumas. Il débarque avec son détachement en Égypte, met fin à la mainmise des mamelouks, et avec patience et sérénité érige un véritable empire puissant et moderne. C’était un « self-made-man » doté d’une intelligence féroce et pourvu de grandes idées qui permirent peu à peu au pays de trouver une place au sein des grandes nations, le plaçant sur la route qu’il suit encore aujourd’hui.

Dynastie : Le prince Joachim Murat est l’un de vos proches amis. Un nom qui est associé à Bonaparte et à la campagne d’Égypte, en 1798…

Prince Mohamed Ali : Depuis la campagne d’Égypte du général Bonaparte, nos deux familles, à travers l’histoire, se sont liées d’amitié. À ce sujet, il est intéressant de constater que dans l’imaginaire français cette campagne est considérée comme une victoire militaire, alors que dans la réalité c’est plutôt un échec face aux Anglais ! Bonaparte est reparti assez vite en France, abandonnant même sur place quelques-uns de ses meilleurs soldats, dont certains furent d’ailleurs appelés plus tard au service de Méhémet-Ali, comme le fameux colonel Joseph Sève, qui fit souche en Égypte et prit le nom de Soliman Pacha. Ce que l’on retiendra de cette célèbre expédition, c’est sa dimension scientifique. Bonaparte, accompagné d’un aréopage de savants, d’historiens, de botanistes et de dessinateurs, est à l’origine de la première encyclopédie connue sur l’Égypte. La Description de l’Égypte est encore aujourd’hui un ouvrage de référence, qui a permis de faire découvrir la splendeur de la civilisation pharaonique, enfouie sous le sable du désert depuis des siècles.

Princesse Noal Zaher Shah, prince Mohammed Ali et leurs enfants @Dynastie/ ThomasPereira

« C’est le sens de l’histoire de doter les grandes monarchies d’une constitution. »

Blason de la maison royale d’Egypte

Dynastie : L’ouverture du canal de Suez par le Français Ferdinand de Lesseps en 1869 est un évènement majeur pour votre pays.

Prince Mohamed Ali : Grâce à cette prouesse technique, les descendants de Méhémet-Ali vont placer l’Égypte au cœur du jeu géostratégique des nations européennes. Le khédive Ismaïl, qui règne à cette époque, a poursuivi les réformes et la modernisation entamées par son grand-père. L’inauguration sera un immense évènement, avec la présence d’un grand nombre de souverains et de chefs d’État étrangers, dont l’impératrice Eugénie et l’empereur François-Joseph d’Autriche.

Dynastie :  En 1922, l’Égypte devient une monarchie constitutionnelle.

Prince Mohamed Ali : C’est le sens de l’histoire de doter les grandes monarchies d’une constitution, et une nécessité d’avoir deux chambres qui puissent gérer les affaires du pays en votant les lois et les budgets. Cela a été un vrai défi pour mon arrière-grand-père, le roi Fouad Ier, d’abandonner une partie de son pouvoir, qui était central, pour permettre à la population égyptienne d’être associée à la conduite de la nation. Cette transition constitutionnelle s’est parfaitement bien passée en Égypte, car elle était inspirée de la Constitution belge de 1830.

Le prince Mohammed Ali avec le roi Farouk @Dynastie/ThomasPereira

Dynastie : Vous êtes le petit-fils du roi Farouk d’Égypte. Un souverain porteur d’espoirs lorsqu’il monte sur le trône en 1936, mais qui ne peut empêcher la montée des nationalismes, dont il sera la victime en 1952. Quel regard portez-vous sur son bilan ?

Prince Mohamed Ali : C’est toujours facile de juger le passé avec quasiment cent ans de recul. Le destin du roi Farouk a été marqué par une série de difficultés. D’abord, il a grandi très isolé au palais royal, puis, à peine arrivé à Londres pour suivre ses études à l’académie militaire, il apprend la mort de son père. À l’âge de 16 ans, il est contraint de rentrer précipitamment au Caire pour accéder au trône, dans une Égypte sous domination britannique et confrontée à de fortes intrigues de cour. Quelques années plus tard, il doit surmonter un terrible accident de voiture. Mais il ne faut pas oublier que c’est au roi Farouk que l’Égypte doit son indépendance ou la fondation de la Ligue arabe. C’était un homme pieux et honnête, proche des Égyptiens, avec qui il discutait en toute simplicité. Il a également fait d’importantes réformes, déterminantes pour le pays. Vers la fin de son règne, les Égyptiens nourrissaient une forme de rancœur contre les Anglais, mais pas contre la monarchie. On l’oublie souvent.

La princesse Noal Zaher Shah et le prince Mohammed Ali devant le portrait de Méhémet Ali @Dynastie/ThomasPereira

« Le président Al-Sissi a donné à mon père un passeport diplomatique où figure la mention « ancien roi « , ce dont mon père est très reconnaissant. »

Dynastie : Sur les réseaux sociaux, de nombreux groupes affichent une certaine nostalgie de l’Égypte d’antan, et on voit parfois dans les manifestations le drapeau de l’ancienne monarchie.

Le prince Mohammed Ali et son fils @Dynastie/ThomasPereira

Prince Mohamed Ali :  Aujourd’hui, les Égyptiens se réapproprient leur histoire et découvrent l’envers du décor. Enfin, ils comprennent combien on leur a menti. C’est touchant pour mon père, le roi Fouad, qui s’est battu toute sa vie pour la mémoire de son père, de voir qu’enfin les gens comprennent la situation. Le pendule de l’histoire revient à une position plus juste. On est à un moment charnière de notre histoire, où les Égyptiens se réconcilient avec celle de la monarchie. Je suis particulièrement fier et reconnaissant à mes ancêtres et aux membres de ma famille, dont je suis l’un des maillons, de leur engagement pour notre pays. Le président Al-Sissi a donné à mon père un passeport diplomatique où figure la mention « ancien roi », ce dont mon père est très reconnaissant.

Dynastie : La monarchie peut-elle revenir en Égypte ?

Prince Mohamed Ali : Revenir au pouvoir n’est pas une volonté de notre famille. Aujourd’hui, nous sommes les gardiens de la mémoire de l’Égypte et nous œuvrons comme nous le pouvons pour l’Égypte. Avec la princesse Noal, mon épouse, nous souhaitons que nos enfants, Fouad Zaher et Farah Noor, soient fiers de leur double origine égyptienne et afghane. Nous leur inculquons le devoir de servir leur pays et tentons aussi de les ancrer dans leurs cultures égyptienne et afghane. Si nous pouvons aider notre pays en tant que représentants de la culture égyptienne, ce serait déjà un immense honneur.

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Frédéric de Natal

Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.

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