Le 2 juin 1953,  après une longue cérémonie millimétrée, l’Archevêque de Canterburry dépose lentement la couronne de Saint Édouard sur la tête de la reine Elizabeth II.  Depuis, comme une sorte de prolongement de ce sacre , elle n’a jamais assisté à une cérémonie sans être couverte par l’un de ses célèbres chapeaux. Plus qu’un simple accessoire de mode, ils sont devenus un véritable symbole de pouvoir, trahissant parfois très discrètement les émotions de la souveraine. En fin d’année dernière est paru  Elisabeth II : Les Chapeaux de la couronne aux éditions EPA, écrit par Thomas Pernette. L’occasion du Jubilé pour la Revue Dynastie de revenir sur ces couvre-chefs qui ont accompagné la Reine dans les moments les plus marquant de son histoire.

Les Chapeaux, une histoire de famille

Le chapeau est un élément incontournable de la mode féminine et masculine du XIXème et début du XXème siècle. Il était  impensable à cette époque de sortir tête nue. Accessoire venant parfaire et compléter la tenue, il permettait de refléter la richesse de son propriétaire. En Europe (notamment à Paris), de nombreuses modistes furent donc chargées par les dames de la grande bourgeoisie ou de la noblesse de créer des chapeaux originaux, dans l’air du temps, permettant de s’illustrer en bonne société. La famille royale britannique s’est toujours pliée aux conventions et n’a pas été  en reste concernant les chapeaux. La Reine Mary, grand-mère d’Elizabeth II, était connue pour ses toques à plume portées jusqu’à son décès en 1953, à l’âge de 85 ans. Il ne restait d’ailleurs qu’une modiste à Londres capable de réaliser de tels chapeaux et elle était aussi âgée que la défunte souveraine. Le symbole d’un temps qui passe mais qui ne change pas. Queen Mum, la mère d’Elizabeth II,  ne sortait jamais sans ses célèbres chapeaux à large rebord, même lorsqu’en pleine guerre elle arpenta les rues de Londres en ruine pour aller visiter les victimes des bombardements allemands. La sœur de Queen Elizabeth, la princesse Margaret, fut aussi une adepte des chapeaux. Elle s’autorisait toutefois quelques excentricités, largement commentées et scrutées par la presse avide d’informations en tout genre sur les Windsor. Un vrai succès qu’elle devait à Simone Mirman. La modiste de la princesse ne tardera pas à devenir elle-même une célébrité, nommée par la suite auprès d’Elizabeth II qui n’est  jamais sortie sans chapeaux. En 70 ans de règne, elle en a porté des milliers, de différentes couleurs, tailles ou formes. Une tradition abrogée lors de ses vacances où elle se contente d’un foulard pour sortir ou monter à cheval.

Elisabeth II : Les Chapeaux de la couronne aux éditions EPA

Des chapeaux chapeautés

Depuis quelques années c’est Stella MacLarren qui confectionne les couvre-chefs royaux, travaillant de concert avec la styliste de Buckingham Angela Kelly qui compose les tenues de la Souveraine depuis le milieu des années 2000. Un cahier des charges strict est confié aux modistes de la Reine. Les chapeaux royaux doivent être confortables et résistants. Ils doivent également lui permettre d’être vue de loin et sont donc souvent d’une couleur vive. De la même manière, ils ne doivent être ni trop hauts ni trop larges afin de ne pas cacher le visage de Sa Majesté aux yeux du public ou la gêner lorsqu’elle monte ou descend de voiture. La reine sait ce qu’elle veut et surtout ce qui lui va ou non. Depuis quelques années, elle a adopté une forme précise de couvre-chef, entre le canotier et la cloche, que les modistes se chargent d’agrémenter de fleurs, de nœuds et autres fantaisies…Très économe, elle demande que ses chapeaux soient toujours réutilisés, contraignant sa modiste à faire preuve d’imagination pour transformer ses chapeaux en les agrémentant de différentes façons.

Les chapeaux de la reine @Dynastie

Des chapeaux marquants

Certains des chapeaux portés par Elizabeth II au cours de sa vie ont pu avoir une place particulière, ressemblant à un message qu’ils semblaient transmettre discrètement ou de l’évènement pour lequel ils étaient arborés. On peut citer par exemple :

Le chapeau Spaghetti : Le 27 mai 1965, Elizabeth II est en visite d’État en Allemagne de l’Ouest. L’occasion pour la souveraine d’arborer la création de sa modiste.   Composé de petits rubans découpés dans une pièce d’organza jaune, la création sera saluée par une presse enthousiaste. C’était la première fois depuis 52 ans qu’un souverain britannique se rendait en Allemagne. Le voyage sera un formidable succès, suscitant un accueil chaleureux des deux côtés de la frontière, plusieurs centaines de badauds tentant d’apercevoir die Königin lors de sa visite à la Porte de Brandebourg. Nul doute qu’avec son chapeau spaghetti elle avait été vue de loin.

Le chapeau du mariage :  Le 29 juillet 1989, devant 750 millions de téléspectateurs, le prince Charles et Lady Diana Spencer se marient. La reine apparait avec un chapeau très original : un béret bleu turquoise orné de minuscules fleurs de satin.  Ce couvre-chef dessiné par Ian Thomas avait été réalisé par Simone Mirman. Un chapeau exceptionnel pour un évènement d’exception, grandiose, qui a suscité tant d’espoirs… vite déçus.

 Le chapeau du Brexit  : Plus récemment, c’est un chapeau d’une forme plus simple qui a suscité de nombreuses réactions. Le 17 juin 2017, un an après le referendum sur la sortie du Royaume de l’Union européenne, Elizabeth II ouvre la session du Parlement. Pour l’occasion, elle est coiffée d’un chapeau bleu constellé de fleur jaune rappelant curieusement le drapeau de l’Union. Il n’en faut pas plus pour que les médias s’interrogent : faut-il y voir une prise de position de sa Majesté contre le Brexit ? En 2019, la styliste de Buckingham répondra à la polémique affirmant avoir conçu le chapeau sans aucune consigne ni arrière-pensées politiques. Pour autant, les interrogations n’ont pas cessé et bien des analystes sont persuadés que la reine a fait passer un avis personnel sur la question. Une manière habile de respecter son devoir de réserve constitutionnel et dont elle ne dérogerait sous aucun prétexte. Depuis le chapeau de la discorde a été transformé et les fleurs jaunes remplacées par un nœud.

Indissociable de l’esthétique royal

Indissociable de l’esthétique royal,  les chapeaux d’Elizabeth II n’ont de cesse d’alimenter les pronostics des bookmakers et les pages des magazines People. Nul doute que tout le monde s’interroge sur le choix qui sera fait par Sa Majesté pour les chapeaux qu’elle portera lors des cérémonies marquant ses 70 ans de règne en juin prochain. Tout comme ses robes ou ses bijoux. Mais cela est encore une autre histoire.

Arnaud Gabardos