Le roi Charles III a adressé aux Britanniques un message empreint d’émotion et a rendu hommage à sa défunte mère, la reine Elizabeth II, à l’occasion de ce qui aurait été son centième anniversaire.
Dans une vidéo de moins de trois minutes diffusée mardi 21 avril 2026, le roi Charles III, 77 ans, a déclaré que la famille royale marquait une pause ce jour afin de « réfléchir à la vie et à la disparition d’une souveraine qui a tant compté pour nous », tout en célébrant l’héritage durable que la reine Elizabeth II laissait derrière elle.
S’exprimant depuis la bibliothèque du château de Balmoral, résidence préférée de sa mère et lieu où elle s’est éteinte le 8 septembre 2022, entourée des siens, le souverain britannique a évoqué la manière dont elle a transformé le monde au cours de ses 70 années de règne : « La promesse tenue de la reine Elizabeth, scellée avec le destin, a façonné le monde qui l’entourait et touché la vie d’innombrables personnes à travers notre nation, le Commonwealth et au-delà », a-t-il déclaré, mué par l’émotion.
« Son siècle presque accompli fut une époque de changements remarquables, et pourtant, au fil des décennies, à travers chaque transformation, elle est demeurée constante, inébranlable et entièrement dévouée au peuple qu’elle servait. », a rappelé l’ancien prince de Galles.
Le roi a ajouté que le nombre d’événements organisés aujourd’hui dans le monde en sa mémoire l’auraient « profondément troublée », tout en trouvant du réconfort dans sa conviction que « le bien triomphe toujours ».
« Que Dieu te bénisse, chère Maman ; tu demeures à jamais dans nos cœurs et nos prières », a-t-il conclu à la fin de sa vidéo qui ne devrait pas manquer de toucher tous les aficionados de la monarchie britannique..
Un règne de 70 ans, le plus long du Royaume-Uni
La vie de la reine Elizabeth II s’’est étendue sur près d’un siècle et a épousé les grandes transformations du monde contemporain.
Née le 21 avril 1926 à Londres, sous le nom d’Elizabeth Alexandra Mary Windsor, elle est la fille du futur George VI et d’Elizabeth Bowes-Lyon. Rien ne la prédestinait au trône : elle devient héritière en 1936, après l’abdication de son oncle, Édouard VIII, qui préférera l’amour au sceptre. Durant la Seconde Guerre mondiale, la jeune princesse s’engage symboliquement en servant dans l’armée comme conductrice et mécanicienne, incarnant déjà un sens aigu du devoir.
En 1947, elle épouse le prince Philip Mountbatten, avec qui elle aura quatre enfants, dont le futur Charles III. Cinq ans plus tard, en 1952, la mort soudaine de son père la propulse sur le trône alors qu’elle se trouve au Kenya, en plein voyage de noce. Son couronnement, en 1953, sera le premier à être largement retransmis à la télévision, marquant l’entrée de la monarchie dans l’ère médiatique. Pas moins de 277 millions de téléspectateurs à travers le monde ont assisté à cet événement exceptionnel.
Son règne – le plus long de l’histoire britannique – accompagne la fin progressive de l’Empire et la transformation du Royaume-Uni en une puissance post-impériale. Elle joue un rôle clé dans la consolidation du Commonwealth of Nations, maintenant des liens symboliques entre des nations devenues indépendantes.
Elizabeth II traverse des décennies de bouleversements : la Guerre froide, la décolonisation, les mutations sociales des années 1960 à 1980, puis les crises contemporaines. Elle rencontre et travaille avec une quinzaine de Premiers ministres britanniques, de Winston Churchill à Liz Truss, en passant par Margaret Thatcher, symbole d’une continuité au sommet de l’État.
Sa vie personnelle n’est pas cependant exempte d’épreuves. L’année 1992, qu’elle qualifie elle-même d’« annus horribilis », est marquée par des scandales familiaux et l’incendie du château de Windsor. La mort tragique de Lady Diana Spencer en 1997, première épouse du roi Charles III, ébranle profondément la monarchie et oblige la reine à adapter sa communication face à une opinion publique bouleversée. Plus tard, les tensions liées au prince Andrew, son fils cadet compromis dans diverses affaires, ou au départ du prince Harry et de son épouse Meghan Markle illustrent les défis d’une institution confrontée à la modernité.
Malgré ces crises, elle demeure une figure de stabilité et de réserve, respectée pour son sens du devoir, sa neutralité politique et sa capacité à incarner l’unité nationale. Son image, à la fois traditionnelle et rassurante, contribue à maintenir la popularité de la monarchie.
Veuve depuis 2021 après la mort du prince Philip, elle apparaît affaiblie dans les derniers mois de sa vie, mais continue d’assurer ses fonctions jusqu’au bout. Elle s’éteint le 8 septembre 2022 au château de Balmoral Castle, en Écosse, jouissant de plus de 80% de popularité. De quoi faire pâlir de jalousie tous les présidents de la République française qu’elle aura cotiyés durant ses 70 ans de règne.
Son fils aîné lui succède sous le nom de Charles III, héritant d’une institution profondément marquée par son règne.
La reine Elizabeth II laisse l’image d’une souveraine exceptionnelle par sa longévité et sa constance : une reine qui, sans jamais gouverner directement, a accompagné les mutations du monde moderne tout en incarnant, pour des millions de personnes, une forme de permanence dans l’histoire.
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Discours intégral du roi à l’occasion du centenaire de la reine Elizabeth II :
« Aujourd’hui, alors que nous marquons ce qui aurait été le centième anniversaire de ma mère bien-aimée, ma famille et moi faisons une pause pour réfléchir à la vie et à la perte d’une souveraine qui comptait tant pour nous tous, et pour célébrer à nouveau les innombrables bienfaits de sa mémoire.
La « promesse tenue avec le destin » de la reine Elizabeth a façonné le monde qui l’entourait et touché la vie d’innombrables personnes à travers notre nation, le Commonwealth et au-delà.
Son siècle presque accompli fut une époque de changements remarquables, et pourtant, au fil des décennies, à travers chaque transformation, elle est demeurée constante, inébranlable et entièrement dévouée au peuple qu’elle servait.
Des millions de personnes se souviendront d’elle pour des moments d’importance nationale ; beaucoup d’autres pour une rencontre fugace, un sourire, un mot bienveillant qui relevait les esprits… ou encore pour cette merveilleuse étincelle dans le regard lorsqu’elle partagea un sandwich à la marmelade avec l’ours Paddington dans les derniers mois de sa vie.
Je soupçonne que bien des aspects de notre époque actuelle l’auraient profondément troublée, mais je puise du réconfort dans sa conviction que le bien triomphe toujours et qu’une aube plus lumineuse n’est jamais loin à l’horizon.
Car, comme l’exprima la jeune princesse Elizabeth dans sa toute première allocution publique, à l’âge de quatorze ans, chacun de nous peut jouer son rôle « pour faire du monde de demain un endroit meilleur et plus heureux ». C’est une conviction que je partage de tout mon cœur.
Ainsi, jeunes ou moins jeunes, quelles que soient nos différences, efforçons-nous de suivre cet exemple en faisant de ce jour non pas la marque d’une absence, mais la célébration d’une vie pleinement accomplie et d’un héritage d’espérance, alors que nous avançons ensemble vers un « lendemain meilleur et plus heureux » – fondé sur la paix, la justice, la prospérité et la sécurité.
En cela, je renouvelle mon propre engagement solennel de devoir et de service envers vous tous.
Que Dieu te bénisse, chère Maman ; tu demeures à jamais dans nos cœurs et nos prières. »
Frédéric de Natal
Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.







