Perdu depuis des siècles, le mausolée de Cléopâtre serait sur le point d’être découvert par Kathleen Martínez. Mais faut-il accorder du crédit aux fouilles menées par son équipe ?

Cléopâtre VII est l’une des figures les plus marquantes de l’Égypte antique, ne cessant d’alimenter les fantasmes et de susciter intérêt et curiosité, au fil des siècles. Si son suicide en -30 av. J-.C. l’a élevé au rang d’icône, les moyens qu’elle a utilisés ne peuvent être clairement établis. Seule la mise au jour de sa momie pourrait nous dire la vérité sur son mystérieux décès et nous éclairer sur son règne de 21 ans, riche en soubresauts.

Or, le tombeau de la souveraine serait sur le point d’être trouvé d’après le National Geographic qui a consacré un article entier en octobre 2025. Mais peut-on vraiment y croire ?

Buste supposé de Cléopâtre VII, Altes Museum, Berlin @wikicommons

Un événement archéologique sans précédent

L’emplacement de la sépulture de la souveraine ptolémaïque reste une énigme pour les historiens et les archéologues, qui continuent de multiplier les hypothèses et les fouilles, qui n’a jamais été élucidée.

En effet, une telle découverte (si c’était le cas) aurait le même impact international que la mise au jour du tombeau du pharaon Toutankhamon par Howard Carter (1922) et pourrait répondre à de nombreuses questions restées sans réponses. Celle-ci serait également l’occasion de mettre la main sur la dépouille de son dernier époux, le romain Marc Antoine, qui avait demandé à être inhumé aux côtés de Cléopâtre. Si, ces deux corps s’avèrent être bien conservés, nous pourrions peut-être enfin savoir si la mère de Césarion (dernier souverain des Lagides) a utilisé un cobra ou du poison pour se tuer.

Le mystère de ses origines pourrait être également résolu par une analyse ADN, car s’il est établi que la dernière reine d’Égypte soit d’ascendance grecque, du côté de son père Ptolémée XII (de 80 à 58 et de 55 à 51 av. J.-C), sa mère nous est inconnue.  Un telle trouvaille permettrait aussi de mettre fin au débat sur la couleur de sa peau . Étant donné que les Lagides possédaient un harem comme leurs prédécesseurs, nous pouvons possiblement déduire qu’il s’agissait d’une simple concubine, Un autre mystère restant à élucider car Cléopâtre n’a jamais évoqué ses origines maternelles.

Cela est d’autant plus appuyé par le fait qu’il n’est aucunement fait mention d’une telle carnation dans les sources latines, les Romains n’ayant certainement pas manqué l’occasion de l’évoquer dans leur propagande anti-Cléopâtre, si tel avait été le cas. Enfin, les représentations hellénistiques nous la montrent avec des traits caucasoïdes et toujours coiffée d’un chignon avec des tresses très complexes, que seuls les cheveux méditerranéens ou africains peuvent supporter. Ainsi, si elle ne devait pas être blanche comme neige, il est probable que la reine d’Égypte n’était pas non plus noire comme l’ébène, mais plutôt métissée. Un débat qui fait rage depuis des années et qui s’est renforcé  avec le temps, d’un point de vue idéologique sur les réseaux sociaux ou grâce à des plateformes de partage en ligne.

La Mort de Cléopâtre, de Reginald Arthur (1892) @wikicommons

Une théorie qui ne fait pas l’unanimité

Depuis 2005, les investigations, dirigées par Kathleen Martínez, ont lieu à Taposiris Magna, une ville située à une quarantaine de kilomètres d’Alexandrie. Selon elle, Cléopâtre, qui se disait être la nouvelle Isis, aurait choisi d’être enterrée dans un temple dédié à la déesse. À partir des descriptions de Strabon sur l’Égypte ancienne, elle a identifié plusieurs lieux associés à l’épouse d’Osiris, jusqu’à localiser celui-ci, qui répondait à tous les critères pour être celui qui abritait le tombeau. À ce jour, seuls le buste d’un roi non identifié, des pièces de monnaie, dont plusieurs à l’effigie de la dernière reine d’Égypte, différents objets rituels, les vestiges d’un autre temple, une nécropole avec catacombes, ainsi qu’une tombe souterraine située sous l’ancien phare, ont été mis au jour.

Or, ces fouilles archéologiques sont très contestées, voire désavouées par les spécialistes. S’appuyant sur les écrits de Plutarque, l’historien Maurice Sartre assure que le mausolée de la reine se trouve aujourd’hui sous les eaux de la zone orientale du grand port d’Alexandrie, à la suite du très violent séisme qui ravagea la ville, en 365. En 1996, l’archéologue Franck Goddio y avait mené des recherches sous-marines, sans parvenir, toutefois, à identifier les vestiges du fameux monument. En dépit de ces contestations, Kathleen Martínez est persuadée qu’elle est sur le point de mettre la main sur le Graal.

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Cléopâtre VII et son fils Ptolémée XV @wikicommons

Des chercheurs controversés, une découverte remise en question

Le 9 décembre 2024, un communiqué du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, publié sur Facebook, avait annoncé que l’équipe de Kathleen Martínez avait décelé une tête en marbre blanc représentant une femme coiffée d’une couronne royale. Pour la directrice de l’équipe égypto-dominicaine en charge des fouilles, il ne faisait aucun doute que ce soit un buste de Cléopâtre. Cependant, cette découverte ne fait toujours pas consensus parmi les experts, qui préfèrent y voir un portrait d’une autre femme de la dynastie des Lagides, en raison des traits du visage qui diffèrent des représentations connues de la souveraine. Contrairement aux bustes de Berlin et du British Museum, cette effigie n’a pas de pommettes marquées, possède un nez fin et est coiffée d’un chignon sans tresses complexes.

S’il est évident qu’il faut être prudent concernant l’identité de la personne représentée, l’analyse du sulfureux Zahi Hawass en a surpris plus d’un. Celui-ci estime que c’est une sculpture romaine, car à l’époque ptolémaïque, les monarques étaient représentés selon un style égyptien, c’est-à-dire, dans une idéalisation plus rigide et symbolique. Un argument qui peut sembler étonnant puisque les Ptolémées se faisaient aussi représenter de manière réaliste, comme l’en témoignent les nombreuses monnaies et sculptures hellénistiques. En confiant les fouilles de ce site à Kathleen Martínez, cet universitaire créée la surprise.

Un nombre très important de spécialistes remettent régulièrement en question les recherches menées par Kathleen Martínez, Dominicaine d’origine, c’est une ancienne avocate qui a profité de son temps libre pour obtenir un diplôme en archéologie. La situation appelle cependant à clarification.

La directrice des fouilles est présentée, selon les sources, comme titulaire d’un master, d’un doctorat ou encore comme professeure à l’université, sans que ces informations ne soient toujours concordantes d’après les égyptologues en vogue. Par ailleurs, aucune publication scientifique référencée ne figure actuellement à son nom. Les principales sources disponibles sont des articles de presse consacrés à ses travaux, lesquels mettent davantage l’accent sur sa personne que sur les résultats scientifiques proprement dits de ses recherches. Pour divers spécialistes et passionnés, cet universitaire qui a authentifié la momie de la reine Hatchepsout l’aurait choisi afin de permettre à l’Égypte de retrouver sa fonction première touristique tant cette période fascine encore grâce aux nombreuses découvertes qui se font encore et à la magie des films que Hollywood lui a consacrée.

Pourtant, faut-il encore rappeler que le temple de Taposiris Magna a déjà fait l’objet d’une campagne de fouille sous Napoléon, alors général Bonaparte, que le tunnel retrouvé servait juste à l’écoulement de l’eau et était déjà connu en 1905 de tous les archéologues. Toutefois, la récente découverte d’une momie avec un cartonnage décoré d’une couronne dorée, ornée de cornes et d’un cobra intrigue et pourrait délivrer des secrets permettant d’identifier l’emplacement du tombeau de la reine Cléopâtre. A mettre au crédit des équipes de Kathleen Martínez.  Même si rien ne certifie que les restes de la pharaonne, septième du nom, sont bien ici tant différentes théories ont émergé sur le réel emplacement de son tombeau.

Est-ce que Kathleen Martínez est enfin à un point de découvrir la sépulture de la dernière Lagides ? A ce jour, aucun fait majeur ne permet de l’affirmer avec certitude mais les possibilités existent. Peut-on en déduire que seule Cléopâtre choisira finalement d’être retrouvée ou non par le meilleur des Indiana Jones. Le mystère demeure encore.

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