À l’automne 1956, une soirée londonienne scelle la rencontre entre la Couronne britannique et une icône française en devenir : Brigitte Bardot. La Revue Dynastie revient sur cet événement à l’occasion de son décès.
Le 29 octobre 1956, dans le cadre prestigieux de l’Empire Theater de Londres, une scène symbolique se joue sous les ors de la monarchie britannique : Brigitte Bardot est présentée à la reine Elizabeth II. L’événement, en apparence mondain, dépasse largement le simple protocole. Il marque la reconnaissance officielle, par l’une des plus anciennes monarchies du monde, d’une jeune actrice française devenue en quelques mois un phénomène international.
1956 : l’année Bardot
À l’automne de cette année, Brigitte Bardot n’a que 22 ans, mais son nom est déjà sur toutes les lèvres. La sortie de Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim, présentée quelques mois plus tôt au Festival de Cannes, a provoqué une onde de choc. Le film scandalise autant qu’il fascine. Bardot y incarne une féminité libre, solaire, affranchie des conventions morales de l’après-guerre.
En quelques semaines, la jeune Parisienne devient BB, une icône mondiale. Hollywood la regarde, l’Europe la célèbre, la presse britannique s’enthousiasme. Sa présence à Londres, en cette fin d’octobre, n’est donc pas anodine : elle incarne une France moderne, audacieuse, séduisante, à rebours des rigidités encore très présentes dans certaines élites.
C’est à l’Empire Theater, haut lieu du spectacle londonien, que se déroule la rencontre. La reine Elizabeth II, souveraine depuis seulement quatre ans, est alors au début de son règne. Âgée de 30 ans, elle incarne elle aussi une monarchie en transition, soucieuse de conjuguer tradition et modernité. La présentation de Brigitte Bardot à la reine s’inscrit dans une série de rencontres avec des personnalités culturelles marquantes de l’époque.
Mais Brigitte Bardot n’est pas une actrice comme les autres : elle est déjà un symbole. La souveraine, réputée pour sa réserve, accueille la jeune Française avec courtoisie, chaussée d’un diadème vert émeraude, portant une robe de bal noire. Sous l’œil des caméras du monde entier, la jeune française exécutera une révérence parfait sous le regard d’une autre star mondiale de l’époque, Marilyn Monroe. La rencontre est furtive mais intense. La reine Elizabeth II n’est pas accompagnée par son mari, le duc d’Edimbourg retenu pour une régate, mais de sa sœur la princesse Margaret.
Lors d’une interview réalisée en 1982 par Allain Bougrain-Dubourg, son compagnon de l’époque, B.B. avoue qu’elle était « terrorisée » mais « buvait la souveraine des yeux » . « Je la trouvais sublime, de toute beauté… charmante, fragile «, confiera t-elle.
La mort de la Reine Elisabeth II c’est une peine immense pour moi et pour le monde
— Brigitte Bardot (@brigitte_bardot) September 8, 2022
Brigitte Bardot, bien plus qu’une actrice
Née en 1934 à Paris, Brigitte Bardot débute comme mannequin avant de se tourner vers le cinéma au début des années 1950, puis la chanson. Très vite, son charisme, sa photogénie et sa liberté de ton la distinguent des autres actrices.
Mais, Brigitte Bardot ne se résume pas à ses succès cinématographiques ou ses collaborations bien connues. Elle devient une icône de mode, un fantasme imposant le bikini, portant ses ballerines, des tenues « Vichy », sa coiffure « choucroute » et un style faussement nonchalant qui inspire des générations, transformant le petit village de pêcheurs de Saint-Tropez en haut lieu du tourisme par sa seule présence à « la Madrague », son lieu de repos. Plus tard, elle s’imposera aussi comme une figure engagée, notamment pour la cause animale, transformant sa notoriété en levier militant.
Cette rencontre entre la reine Elizabeth II et Brigitte Bardot est restée un instant suspendue où la France a rayonné grâce à l’une de ses figures les plus libres. Sans discours politique, sans déclaration officielle, Brigitte Bardot aura incarné ce soir-là un soft power à la française, fondé sur la culture, l’audace et l’émotion. Lorsque la mère du roi Charles III décède en 2022 après 70 ans de règne, elle aura ces simples mots en guise d’hommage : « La mort de la Reine Elisabeth II, c’est une peine immense pour moi et pour le monde »
Face à Elizabeth II, gardienne d’une monarchie millénaire, Bardot ne fut diplomate ni ambassadrice au sens classique. Elle fut mieux que cela lors de cette soirée : le visage d’une France qui avait séduit la planète entière sans jamais avoir cherché à la convaincre.
Frédéric de Natal
Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.







