Disparu le 22 décembre 2020, Claude Brasseur, acteur de théâtre, de cinéma et de télévision, demeurera dans tous les esprits comme l’interprète de Vidocq, entre autres rôles inoubliables. Levons le voile sur cette famille d’artistes issue de mariniers mais aussi de gens du terroir. 

Pierre Brasseur@Dynastie

Le Quai des brumes ! Ce chef-d’œuvre du cinéma français qui a permis au grand acteur Pierre Brasseur d’éclater au grand jour est un titre à lui tout seul pouvant dépeindre une partie de ses origines. Le véritable nom de Pierre Brasseur est Espinasse. Ce patronyme occitan signifie « celui qui vit près du buisson épineux » et vient du berceau de la famille Espinasse se situant en Auvergne, à Cellule, commune nouvelle de Chambaron-sur-Morge, dans le Puy-de-Dôme. L’aïeul, Vincent Espinasse, s’y unit vers 1671 à une certaine Peyronelle Du Roudadour.

Pierre Brasseur @Dynastie

Durant cinq générations, les Espinasse vivent bien implantés à Cellule en tant que laboureurs. Si bien qu’en 1755 Jean Espinasse – surnommé plus tard l’Aîné –, petit-fils de Louis Torre, y épouse sa cousine au quatrième degré de consanguinité, Françoise Taragnat, petite-fille de Blaisia Torre et donc sœur de Louis. Le couple aura un fils, Jean, qui décède en 1836 dans le village en étant le dernier de la lignée. En effet, son fils, Guillaume, devenu marchand de toiles, s’est installé en Lorraine. En 1816, à Illange, il épouse Anne Dufour, issue d’une famille de militaires, qui met au monde, à Metz, Antoine Ferdinand en 1820. Ce dernier, devenu doreur sur métaux, s’établit à Paris, où il s’éteint prématurément en 1851, laissant une veuve, Julie Matigny, aux origines lyonnaises, et un fils né en 1845, Auguste  Albert. Deux ans plus tard, Julie épouse son beau-frère Jean-Baptiste Espinasse, également doreur et aussi né à Metz en 1824. Malheureusement, elle meurt en 1854. Jean-Baptiste s’occupera de son neveu avant d’opter pour la nationalité française en 1872.

Généalogie des Brasseur@Dynastie

Devenu doreur, Auguste  Albert s’éprend d’Augusta Defer, une couturière dont les aïeux sont originaires du Dunois et de Belgique. En s’unissant à la mairie du XVIIe arrondissement de Paris en 1881, le couple en profite pour légitimer leur fils Georges Albert Espinasse, qui deviendra le premier artiste dramatique de la famille en entrant dans la troupe de Sarah Bernhardt. Né à Paris en 1879, celui-ci poursuit d’abord des études en pharmacie. Comme il est fils aîné de veuve, il est dispensé d’effectuer son service militaire. Son matricule militaire le décrit comme un jeune homme aux cheveux et sourcils bruns, au front haut, à la bouche et au nez moyens sur un visage ovale, avec un niveau d’instruction primaire développé. Il demeure à Bois-Colombes puis à Paris XVIIe, où il épousera le 18 juillet 1905 Germaine Brasseur, enceinte du futur acteur Pierre, qui naîtra le 22 décembre. Georges est inhumé le 18 mai 1906 au cimetière de Saint-Ouen.

Les Brasseur, dont l’étymologie du nom signifie que leur ancêtre, au Moyen  Âge, était un fabricant de bière, sont originaires de l’Avesnois. Au milieu du xviiie  siècle, Pierre Brasseur est un tailleur, installé à Wargnies-le-Petit, à l’est de Valenciennes, avec sa première épouse, Marie-Thérèse Laurent, dont il aura cinq enfants, parmi lesquels Emmanuel Joseph Brasseur. Ce dernier change de métier. En effet, il devient conducteur de bateaux, sur l’Escaut, lorsqu’il se remarie avec Marie-Esther Breuval à Flines-lès-Mortagne, en 1800. Sa première conjointe, Marie-Françoise Willecomme, mère d’Emmanuel, était native de Templeuve en Belgique. Ses frères sont des bateliers et des « treilleurs », autrement dit des haleurs de bateaux au moyen  d’un cheval ou de la force humaine. Emmanuel  Joseph est marinier à son tour et, en 1822, il s’unit à Virginie Chaval, fille du batelier belge Philippe Chaval.

Claude Brasseur@Dynastie

L’ouverture du canal de Saint-Quentin en 1809 développe la batellerie en France et permet aux Brasseur de naviguer vers le Bassin parisien, par l’Oise. C’est ainsi qu’en  1853 le petit-fils prénommé également Emmanuel Joseph, bien que domicilié à Mortagne, à côté de Landrecies, dans le Nord, déclare la naissance de sa fille Sophie Malvina, sur son bateau Le Jeune Léopold, amarré sur la Seine, à Conflans-Sainte-Honorine, capitale de la batellerie. Son descendant, l’acteur Claude Brasseur, fréquentera souvent cette commune lors de ses courses automobiles, puisqu’il demeurera quelques années dans la ville voisine d’Éragny-sur-Oise.

Claude Brasseur et son fils @Dynastie

La famille évolue, car, en 1874, lors du mariage de Sophie Malvina à Landrecies, on apprend que son père Emmanuel Joseph est à la fois marinier et cabaretier. Son frère Oscar, né sur le bateau Le Var amarré à L’île-Saint-Denis en 1862, devient sellier. Il se marie en 1886 avec Eugénie Michon à Neuilly-sur-Seine, où naîtra, cinquante ans plus tard, Claude, leur arrière-petit-fils… Le couple Brasseur-Michon divorce en 1909, mais la mésentente durait depuis plusieurs années. Lorsque leur fille Germaine Brasseur, modiste, s’unit brièvement en  1905 avec l’acteur dramatique Georges Espinasse, Oscar n’est pas présent et la mariée déclare qu’elle ignore où il se trouve ! En fait, les recensements mis en ligne démontrent que, l’année suivante, Oscar, toujours sellier, vit en célibataire à Évreux, dans l’Eure. Toutefois, il revient mourir discrètement le 18 février 1922 à Nanterre. Dans son acte de décès, il est indiqué qu’il est sellier de profession, veuf d’Eugénie Michon, et il est précisé qu’il est trépassé au 75 rue de la République, adresse connue pour être un établissement accueillant les personnes indigentes.

Une nouvelle génération de Brasseur @Dynastie

Entre-temps, Germaine Brasseur est devenue actrice dramatique. Notons que, contrairement à la légende, celle-ci n’a aucun lien de parenté avec Jules  Brasseur – de son vrai nom, Jules  Alexandre  Victor  Dumont –comédien et chanteur d’opérette vedette du Second Empire et de la IIIe République. Alors qu’elle est veuve depuis quatre ans de Georges  Espinasse, Germaine joue au Palais-Royal en  1911 la pièce intitulée Le Coup du berger. En  1922, elle se remarie avec Jean Armand Petit, un musicien. Avec Pierre  Espinasse – qui choisit le patronyme de sa mère, « Brasseur », comme nom de scène –, la deuxième génération d’acteurs se met en place. Pierre se forme au conservatoire Maubel. Jusqu’à son décès, survenu brutalement en Italie en  1972, il joue ou tourne dans d’innombrables films et pièces de théâtre. Il interprétera souvent les personnages hâbleurs et sans scrupule, de Rocambole à Raspoutine, en passant par Frédérick Lemaître des Enfants du Paradis ou l’inquiétant docteur Génessier des Yeux sans visage.

En 1935, Pierre s’unit à l’actrice, danseuse et scénariste Odette  Joyeux, dont il aura un fils unique, le fameux Claude Brasseur, à la carrière aussi prestigieuse que celle de ses parents. Celui-ci se mariera en secondes noces avec Michèle, sœur du sénateur Christian Cambon, dont il aura en 1971 un fils, Alexandre, comédien également, qui apparaît dans plusieurs séries télévisées à succès. Ce dernier, marié à Juliette, productrice, a deux enfants, Louis, né  1998, et Jeanne, née en 2001.

Valérie Gautier, Présidente de la Fédération française de généalogie

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Frédéric de Natal

Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.

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