Le Pape Léon XIV s’est rendu en Algérie. Un voyage symbolique et sous le signe de la réconciliation entre les peuples. Présente, la princesse Yasmine Murat a répondu aux questions de la Revue Dynastie.
Le 13 avril 2026, le pape Léon XIV a débuté un voyage de dix jours sur le continent africain. L’Algérie a été le premier pays à accueillir le pontife qui a célébré une messe votive dans la basilique Saint-Augustin d’Annaba. Parmi les nombreux chrétiens présents pour écouter l’homélie du Saint-Père, la princesse Yasmine Murat et son fils, le prince Joachim.
L’épouse du prince Joachim Murat, descendant du maréchal d’Empire et roi de Naples, présidente de l’Association du Rayonnement français, a bien voulu répondre aux questions de la Revue Dynastie.
🇩🇿⛪️ Le Pape a célébré cet après-midi une messe en la basilique Saint-Augustin d’Annaba. Dans son homélie le Saint-Père a rappelé que «la foi en l’unique Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, unit les hommes selon une justice parfaite qui invite chacun à la charité». «Sur cette… pic.twitter.com/jkYPvKUotW
— Vatican News (@vaticannews_fr) April 14, 2026
Revue Dynastie : Vous êtes partie en Algérie dans le cadre de la visite apostolique du pape Léon XIV. Pourquoi l’avoir suivi là-bas et comment s’est passé votre séjour ?
Princesse Yasmine Murat : Pour moi, en tant que fille d’Algérie et fille de Saint-Augustin – puisque je suis née et j’ai grandi à Annaba, l’ancienne Hippone et que Saint-Augustin est le saint patron de la ville, les bônois se considèrent enfants de Saint-Augustin – cette visite revêt une dimension profondément historique et hautement symbolique. Elle porte en elle des messages spirituels puissants et attire l’attention du monde entier sur plusieurs vérités essentielles.
Le Saint-Père avait prévu, dans son programme apostolique, de se rendre d’abord à Alger, puis à Annaba sur les traces de son père spirituel Saint-Augustin. Il m’a donc semblé tout naturel de revenir sur ma terre natale afin d’assister à cet événement et d’y accueillir Sa Sainteté.
Après son passage à Alger, le pape s’est en effet rendu à Annaba, où il a visité le site archéologique d’Hippone, cette grande cité de Numidie qui faisait partie autrefois de l’Afrique proconsulaire de l’Empire romain et qui fut surtout la ville de Saint-Augustin, l’un des pères spirituels majeurs de l’Église et une figure profondément inspirante pour Sa Sainteté lui-même augustinien. Il s’est recueilli sur les ruines de l’ancienne basilique dite « de la Paix », ainsi que sur la tombe de saint Augustin. Il y a également planté un olivier, geste fort destiné à symboliser la paix et la fraternité.
Le Saint-Père s’est ensuite rendu à la basilique Saint-Augustin perchée sur la colline adjacente, édifiée à la fin du XIXᵉ siècle, un lieu que je connais particulièrement bien et auquel me rattachent de nombreux souvenirs d’enfance. C’est là qu’il a présidé la messe. J’ai eu la chance et l’honneur d’y assister au premier rang avec mon fils, le prince Joachim Napoléon Murat, entourée de quelques proches. Il a d’ailleurs reçu la bénédiction du Saint-Père, ce qui fut pour nous un moment profondément émouvant.
Je peux vous assurer que Sa Sainteté dégage une énergie spirituelle très forte, faite d’amour, de bonté et d’une grande intelligence d’âme. Notre échange fut bref, quelques mots échangés mais tout est surtout passé par le regard : il s’est aussi simplement approché de Joachim pour le bénir avec beaucoup de douceur.
Mon époux, le prince Joachim, aurait tant aimé être présent à nos côtés. Moi aussi, j’aurais profondément souhaité qu’il puisse partager ce moment avec nous. Malheureusement, il était retenu par certaines obligations. J’espère néanmoins que nous aurons prochainement l’occasion de revenir ensemble sur cette terre si riche d’histoire, qui a profondément contribué à façonner la civilisation méditerranéenne et la civilisation chrétienne.
Revue Dynastie : Quels sont les messages délivrés par le pape que vous avez personnellement perçus lors de cette visite ?
Princesse Yasmine Murat : En choisissant de se rendre dans cette partie du monde, le pape a adressé plusieurs messages importants à l’ensemble de la communauté internationale.
D’abord, il a rappelé que l’Afrique est à la fois une terre d’origine et d’avenir pour la chrétienté. L’Algérie, qui fut l’ancienne Numidie devenue Afrique proconsulaire sous l’Empire romain, fut l’un des premiers berceaux de la pensée chrétienne occidentale. C’est la terre de Saint- Augustin, dont l’héritage intellectuel et spirituel a profondément façonné la théologie de l’Église romaine. En marchant sur ses pas, le Saint-Père a remis en lumière un point essentiel de son enseignement : la recherche de la vérité.
Dans un monde marqué par la désinformation, la propagande et la fabrication de récits imposés par ceux qui contrôlent l’information, cette exigence de vérité apparaît plus nécessaire que jamais. Le mensonge conduit à la guerre et au chaos, tandis que la vérité conduit à la justice. Cette recherche de la vérité est à la fois extérieure, dans notre compréhension du monde , mais aussi intérieure : car face au mensonge, si l’on interroge sincèrement son cœur, la vérité finit toujours par apparaître.
Par ailleurs, en se rendant en Algérie, le pape s’adressait aussi directement au monde musulman. Son message était clair : chrétiens et musulmans ne sont pas ennemis, contrairement à ce que certains discours cherchent à faire croire. Ils partagent au contraire des valeurs communes ainsi qu’une même aspiration à la vérité, à la justice et à la paix.
Il a également rappelé une réalité historique essentielle : les Algériens, aujourd’hui majoritairement musulmans, appartiennent aussi à une histoire qui a contribué à façonner la civilisation chrétienne antique. Cette mémoire partagée invite à dépasser les lectures exclusives de l’histoire et à reconnaître les racines communes des civilisations méditerranéennes. À ce titre, son message s’inscrit clairement à rebours des théories du « choc des civilisations », qu’il considère comme des constructions idéologiques servant davantage les logiques de confrontation que la compréhension entre les peuples.
Au contraire, il affirme avec force sa confiance dans le dialogue entre les peuples de différentes cultures et de religions, convaincu du caractère universel du message du Christ, qui s’adresse à toute l’humanité et constitue un point de rassemblement plutôt que de division.
Enfin, fidèle à l’Évangile, le Saint-Père a également rappelé l’importance de tendre la main aux peuples du Sud et aux plus vulnérables, soulignant que la fraternité ne peut être seulement un principe spirituel : elle doit devenir une réalité concrète et partagée.
Par sa parole libre, juste et profondément habitée, par son intelligence et sa bonté, le pape apparaît aujourd’hui comme un véritable phare pour notre époque. La lumière de son message dépasse largement le monde chrétien : elle touche les hommes et les femmes de toutes confessions : musulmans, juifs, bouddhistes, mais aussi celles et ceux qui ne se réclament d’aucune religion. Elle s’adresse, en réalité, à l’humanité tout entière.
Quant à l’avenir de la chrétienté, comme la francophonie, il se joue sur le continent africain notamment subsaharien, par le nombre grandissant des fidèles et ceux qui sont sensibles au message du Christ.

Revue Dynastie : Quel est votre regard sur la liberté spirituelle en Algérie et sur la situation des chrétiens dans le pays ?
Princesse Yasmine Murat : Concernant la question souvent évoquée de la fermeture d’églises en Algérie, je pense qu’il existe malheureusement, dans certains médias, une présentation partielle, voire déformée, de la réalité.
Il faut rappeler qu’en Algérie, de nombreuses églises appartenant à l’Église catholique officielle sont ouvertes, actives et régulièrement restaurées avec le soutien de l’État algérien, parfois en coopération avec l’État français, ainsi qu’avec l’aide de donateurs privés et d’entreprises. L’Église catholique romaine est respectée en Algérie et ne fait pas l’objet de fermetures. Elle constitue une institution reconnue, structurée et pleinement identifiée dans le paysage religieux du pays même si la communauté de fidèles est minoritaire.
Ce que l’on présente souvent comme des « fermetures d’églises » concerne en réalité principalement des lieux de culte évangéliques non reconnus officiellement. Dans certains cas, il s’agit de structures ouvertes sans autorisation administrative préalable ni cadre institutionnel clair. L’État algérien exerce donc une vigilance particulière à leur égard, notamment parce qu’il existe des préoccupations liées à d’éventuels financements extérieurs par des ONG obscures ou à des agendas politiques étrangers susceptibles d’introduire des tensions dans une société attachée à son équilibre. Il est légitime de se poser des questions quand des individus ouvrent de leur propre chef ce qu’ils appellent « église » dans un garage ou une villa et attirent les gens en leur promettant la possibilité d’obtenir la nationalité américaine.
L’Algérie est un pays marqué par une histoire récente particulièrement sensible sur le plan sécuritaire, notamment la décennie noire, durant laquelle le terrorisme islamiste a profondément fragilisé la société. Cette expérience explique en grande partie la prudence actuelle des autorités face à toute forme d’instrumentalisation religieuse susceptible de fragiliser la cohésion nationale.
Il faut comprendre que l’Algérie demeure une nation relativement jeune depuis son indépendance en 1962, et qu’elle a traversé de nombreuses phases d’instabilité économique, sociale et sécuritaire. Dans ce contexte, la préservation de l’unité nationale constitue une priorité stratégique. Les autorités cherchent donc à maintenir un équilibre religieux et social qu’elles considèrent encore fragile. On peut espérer qu’à mesure que cet équilibre se consolidera durablement, une liberté spirituelle plus large pourra continuer à s’épanouir dans un cadre serein et stable.

Revue Dynastie: Quel est l’état de la communauté chrétienne en Algérie ?
Princesse Yasmine Murat : La communauté catholique est aujourd’hui respectée et protégée en Algérie. Les congrégations religieuses, notamment les Sœurs de la Charité, ainsi que les prêtres et les fidèles — souvent issus de communautés étrangères, européennes ou africaines — exercent leur mission dans un climat de respect. Il ne faut pas oublier que de nombreux étudiants africains présents dans les universités algériennes sont chrétiens et fréquentent librement les églises catholiques ouvertes dans le pays.
Enfin, il est important de souligner que l’Église catholique fait désormais pleinement partie du paysage national algérien. La naturalisation par le président de la République de Son Éminence le Cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, constitue à cet égard un geste particulièrement fort et symbolique. Elle exprime clairement l’idée que l’Église catholique en Algérie n’est pas une présence étrangère, mais une composante intégrée de la société nationale, pleinement algérienne.
De nombreux évêques et responsables religieux catholiques possèdent d’ailleurs une connaissance profonde du pays, de sa culture et de la langue arabe. Ils sont largement perçus par la population comme faisant partie du tissu national. C’est un élément essentiel pour comprendre la place actuelle de l’Église catholique en Algérie : une présence enracinée, respectée et reconnue. Tout ce qui est secte évangélique est considéré avec une grande prudence que j’estime justifiée.

Revue Dynastie : Vous portez un nom chargé d’histoire, lié à Joachim Murat, roi de Naples : cet héritage joue-t-il un rôle dans votre identité spirituelle ou votre engagement ?
Princesse Yasmine Murat : Notre ancêtre, qui régna sous le nom de Joachim Napoléon Ier, qui fut maréchal d’Empire et époux de Caroline Bonaparte sœur de Napoléon, était un homme profondément croyant. Il possédait même une culture catholique particulièrement marquée, plus affirmée que celle de nombreux membres du clan Bonaparte. Dans sa jeunesse, il avait étudié au séminaire de Cahors et avait été élevé dans la foi catholique, à laquelle il demeura très attaché tout au long de sa vie.
Cet héritage spirituel a profondément imprégné la maison Murat, qui, à l’instar des grandes maisons royales européennes, s’inscrit dans une tradition fondée sur les principes issus de la foi chrétienne. Ces principes se traduisent notamment par des règles structurantes et immuables, parmi lesquelles figure l’importance de la légitimité dynastique, traditionnellement issue d’un mariage religieux célébré selon le rite catholique.
À l’image de certaines lois fondamentales, comme la loi salique, ces règles ne peuvent être modifiées que par un souverain régnant. Les chefs de famille des dynasties anciennement souveraines en sont aujourd’hui les dépositaires : sans pouvoir les modifier, ils en assurent la continuité tout en veillant à préserver les valeurs chrétiennes et universelles qui les fondent ; des valeurs que le pape rappelle avec force dans le monde contemporain.
En tant qu’épouse du futur chef de la maison royale Murat, je suis particulièrement attentive à cet héritage. Aux côtés de mon époux, je veille à la transmission de ces traditions et à leur inscription dans l’éducation de notre fils, tant sur le plan spirituel que dans sa formation de citoyen. Il s’agit, pour nous, de faire vivre cet héritage non comme un simple legs historique, mais comme une responsabilité vivante et tournée vers l’avenir.
Frédéric de Natal
Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.







