Pour le 160e anniversaire de la dynastie et de la naissance de la Roumanie moderne, SM la princesse Magareta et son époux ont réaffirmé, sur les plateaux de TVR, le rôle historique de la Maison royale dans la construction nationale et dans la défense des valeurs démocratiques.

Le vendredi 8 mai, à quelques heures des célébrations marquant les 160 ans de la fondation de la Maison royale de Roumanie et de l’émergence de l’État roumain moderne, Sa Majesté la princesse Margareta (77 ans) et Son Altesse Royale Radu de Roumanie (65 ans) ont été reçus au siège de Televiziunea Română (TVR), qui célèbre elle-même le 70e anniversaire de sa création.

Au-delà du caractère protocolaire, cette visite revêtait une forte portée symbolique. Elle rappelait la relation singulière entre la Couronne roumaine et les médias publics, mais surtout la contribution déterminante de la dynastie à la formation de l’identité nationale, à la consolidation de l’État et à l’ancrage européen de la Roumanie.

Carol Ier de Roumanie, fondateur de la Roumanie moderne

L’année 2026 marque une date hautement symbolique pour la Roumanie. En 1866, l’arrivée du prince allemand Carol Ier de Roumanie inaugure une nouvelle ère politique. Sous son règne, le pays obtient son indépendance, se modernise en profondeur et se transforme progressivement en royaume reconnu sur la scène internationale.

Né le 20 avril 1839 à Sigmaringen, sous le nom de Karl Eitel Friedrich de Hohenzollern-Sigmaringen, Carol Ier appartient à une branche catholique de la maison de Maison de Hohenzollern.

Choisi en 1866 pour monter sur le trône des Principautés unies de Valachie et de Moldavie, il apporte à son nouveau pays une discipline prussienne et une vision politique résolument européenne. Sous son règne, la Roumanie connaît une transformation spectaculaire. Il supervise la modernisation de l’armée, le développement des infrastructures, l’essor des institutions et la consolidation de l’autorité de l’État. Pendant la Guerre russo-turque de 1877-1878, Carol commande personnellement les troupes roumaines lors du siège de Plevna.

L’indépendance de la Roumanie est reconnue au Congrès de Berlin, et le pays devient officiellement un royaume en 1881, Carol étant couronné premier roi de Roumanie avec son épouse, Élisabeth de Wied, connue dans le monde littéraire sous le nom de Carmen Sylva.

À sa mort, en 1914, Carol Ier laisse à son successeur un État solide, respecté et tourné vers l’Europe. Dans la mémoire nationale, il demeure le véritable architecte de la Roumanie moderne.

Le roi Michel Ier @wikicommons/Istrocolor

Une famille royale, figure de l’identité nationale

La télévision publique roumaine entretient avec la Famille royale des liens étroits depuis la chute du communisme. La visite du 8 mai a permis d’évoquer plusieurs moments marquants, notamment le retour historique du roi Michel Ier de Roumanie et de la princesse Anne de Bourbon-Parme en 1997, après des décennies d’exil.

Deux fois roi (1927-1930 et 1940-1947), contraint et forcé à l’exil par le régime communiste, le père de la Gardienne de la Couronne demeure dans la mémoire collective comme le monarque qui contribua à sortir son pays de l’alliance avec l’Allemagne nazie en 1944 et comme un symbole de dignité nationale. Lors de la chute du Mur de Berlin, la montée du mouvement monarchiste inquiètera tant le pouvoir post-communiste du Président Ion Iliescu que celui empêchera le monarque de revenir entre 1900 et 1991, avant de céder à Pâques 1992 où un demi-million de Roumains acclameront le roi Michel Ier. à Bucarest. Lorsqu’il décède en 2017 à l’âge de 96 ans, le roi Michel aura droit à des funérailles nationales, plongeant tout une nation dans le deuil.

Aujourd’hui, la maison royale de Roumanie bénéficie d’une certaine aura dans le pays, véritable état dans l’état, recevant ministres, députés, élus locaux comme aux meilleurs heures de la monarchie, intervenant parfois au Parlement. Soutien à l’Union Européenne, c’est plus de 30% des Roumains qui souhaitent le retour de la monarchie, regardée comme un élément de stabilité.

« Continuité, confiance et fierté » : l’héritage moral du roi Michel Ier

Au cours de l’entretien sur le plateau de la TVR, la Gardienne de la Couronne a insisté sur les valeurs incarnées par l’institution monarchique : « La Maison Royale a toujours incarné et incarne encore la continuité, la confiance et la fierté. Ce sont des valeurs qui nous ont toujours animés. ».

Dans une intervention empreinte d’émotion, la princesse Margareta a présenté la dynastie comme dépositaire d’un héritage moral transmis de génération en génération : « Nous restons les gardiens de ces valeurs : l’amour, la tradition, la confiance et la famille. ».

Ces mots résument la mission que la fille aînée du roi Michel s’est assignée depuis son accession à la tête de la Maison royale en 2017 : préserver l’héritage de la Couronne et le mettre au service de la société roumaine.

Le prince Radu a rappelé le traumatisme de l’exil imposé à la Famille royale après l’abdication forcée du roi Michel par le régime communiste, le 30 décembre 1947. « Sa Majesté et moi-même agissons comme si ces cinquante années d’exil n’avaient jamais existé. Nous avons repris le cours de notre vie comme si rien de grave n’était arrivé au pays. », explique t-elle.

Il a également mis en lumière le rôle diplomatique de la Couronne au cours des dernières décennies : « Dans les années 1990, la Roumanie aspirait à réintégrer la famille transatlantique et européenne, et nous avons contribué à la réalisation de cet objectif. Aujourd’hui, la Moldavie [entité séparée de la Roumanie en 1991-ndlr] souhaite la même chose. ».

Cette déclaration illustre l’action de la Famille royale comme acteur de soft power, capable de promouvoir l’image de la Roumanie à l’étranger et de renforcer les liens entre les communautés roumanophnes.

Évoquant son père, SM la princesse Margareta a rendu un hommage appuyé à Michel Ier de Roumanie, figure emblématique de la résistance morale au totalitarisme. « Le roi Michel a toujours combattu pour sa patrie. Même en exil, il a beaucoup souffert de son éloignement, mais il a su transmettre un message d’espoir et de démocratie. », a rappelé la prétendante au trône.

Le souverain, contraint à l’exil pendant près d’un demi-siècle, n’a jamais cessé de défendre les intérêts de la Roumanie. Son prestige personnel et son engagement constant ont d’ailleurs contribué à restaurer la crédibilité internationale du pays après la chute du régime communiste de Nicolae Ceaușescu.

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La couronne de Roumanie/wikicommons/Rereader1996

Une monarchie sans trône, mais toujours présente

Depuis l’abolition de la monarchie par les communistes, la Roumanie est une république. Pourtant, la Maison royale continue d’occuper une place singulière dans la conscience nationale.

Par ses engagements dans les domaines diplomatique, culturel et caritatif, la princesse Margareta et le prince Radu entretiennent un lien constant avec la société. Leur présence à TVR, à l’occasion de cet anniversaire historique, a rappelé que la Couronne reste pour de nombreux Roumains un symbole d’unité, de dignité et de continuité. Dans une Europe où les monarchies constitutionnelles demeurent des repères d’équilibre, la Roumanie conserve avec sa dynastie un rapport particulier, fait de nostalgie, de respect et de reconnaissance historique.

En célébrant à la fois les 160 ans de la Maison royale, la visite de SM la princesse Margareta à TVR a démontré que certaines institutions transcendent les régimes politiques. Elles portent la mémoire d’une nation et rappellent que, derrière les bouleversements de l’histoire, subsistent des valeurs capables de fédérer un peuple autour de son passé et de son avenir.


Frédéric de Natal

Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.

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