La Thaïlande est en deuil. Le secrétariat de la Maison royale a annoncé le décès de la princesse Bajrakitiyabha, l’une des figures les plus respectées de la dynastie Chakri. Pour beaucoup, elle était une personnalité clé pour l’avenir de la monarchie. Retour sur le parcours d’une princesse engagée au destin hors du commun.

Le 11 juin 2026, la Thaïlande a perdu l’une des figures les plus respectées de sa famille royale. Après près de quatre années passées dans le coma à la suite d’un grave malaise cardiaque survenu en décembre 2022, la princesse Bajrakitiyabha est décédée à l’âge de 47 ans.

Sa disparition ne représente pas seulement une tragédie familiale. Elle ouvre également une période d’incertitude institutionnelle pour le royaume, où son nom revenait régulièrement parmi les hypothèses de succession au trône.

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Une princesse érudite au cœur de la dynastie Chakri

Née le 7 décembre 1978 à la résidence Amphorn Sathan, au sein du palais Dusit de Bangkok, la princesse Bajrakitiyabha appartient à l’une des plus prestigieuses lignées d’Asie. Elle est la fille aînée du roi Maha Vajiralongkorn (Rama X) et de sa première épouse, la princesse Soamsawali, elle-même descendante de la famille royale thaïlandaise.

Son arrivée dans la famille royale intervient durant le règne long de soixante-dix ans de son grand-père, le roi Bhumibol Adulyadej, qui a profondément marqué la Thaïlande contemporaine. Dès son enfance, la jeune princesse apparaît comme l’une des personnalités les plus prometteuses de la nouvelle génération royale.

Éduquée d’abord à l’école Rajini de Bangkok, elle poursuit ensuite une partie de sa scolarité au Royaume-Uni, à la prestigieuse Heathfield School d’Ascot. Revenue en Thaïlande, elle termine sa formation à l’école Chitralada, située dans l’enceinte du palais royal.

Contrairement à l’image parfois protocolaire associée aux familles royales, Bajrakitiyabha s’oriente rapidement vers une carrière académique exigeante. En 2000, elle obtient simultanément une licence de droit à l’Université Thammasat et un diplôme en relations internationales à l’Université Sukhothai Thammathirat. Désireuse de poursuivre ses études à l’étranger, elle rejoint ensuite la prestigieuse Université Cornell, aux États-Unis.

Elle y décroche successivement une maîtrise en droit en 2002 puis un doctorat en sciences juridiques en 2005. Cette solide formation universitaire contribue à façonner l’image d’une princesse moderne, compétente et particulièrement investie dans les questions de justice et de gouvernance.

En reconnaissance de son parcours, elle reçoit en 2012 un doctorat honorifique de l’Chicago-Kent College of Law.

Une carrière au service de l’État et un credo : la défense des femmes

À son retour en Thaïlande, la princesse choisit de mettre son expertise juridique au service des institutions publiques.

Après un passage à la Mission permanente de la Thaïlande auprès des Nations unies à New York, elle intègre le Bureau du procureur général de Bangkok en 2006. Elle exerce ensuite les fonctions de procureure dans la province d’Udon Thani, une expérience rare pour un membre de la famille royale.

Cette immersion dans les rouages de la justice lui permet de développer une connaissance concrète des réalités sociales thaïlandaises.

Son parcours prend ensuite une dimension diplomatique lorsqu’elle est nommée ambassadrice de Thaïlande en Autriche entre 2012 et 2014. Cette mission renforce sa stature internationale et sa visibilité sur la scène diplomatique.

En 2021, elle rejoint le Commandement de la sécurité royale où elle est nommée chef d’état-major du Commandement de la Garde rapprochée du Roi. À cette occasion, elle reçoit le grade de général, illustrant la confiance que lui accorde son père, le roi Vajiralongkorn.

Si son parcours institutionnel impressionne, c’est surtout son engagement en faveur des droits des femmes qui lui vaut une reconnaissance internationale.

La princesse s’investit particulièrement dans la situation des femmes détenues, sujet alors peu abordé au niveau mondial. Convaincue que les systèmes pénitentiaires ont historiquement été conçus pour les hommes, elle œuvre afin que les besoins spécifiques des détenues soient pris en compte. Son action contribue directement à l’adoption par les Nations unies des célèbres « Règles de Bangkok », premier cadre international consacré au traitement des femmes privées de liberté.

Cette avancée constitue l’une des réalisations majeures de sa carrière.

Parallèlement, elle dirige le programme « Kamlangjai » ( Inspirer ), destiné à accompagner les femmes incarcérées, les détenues enceintes ainsi que leurs enfants. Son objectif est de favoriser leur réinsertion sociale et de lutter contre la marginalisation après leur libération. Elle soutient également le projet ELFI, visant à améliorer les conditions de détention féminine et à promouvoir des alternatives à l’incarcération pour certaines catégories de délinquantes.

À travers ces initiatives, Bajrakitiyabha apparaît comme une princesse engagée dans les enjeux sociaux contemporains, bien au-delà des obligations protocolaires.

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L’héritière pressentie de la monarchie frappée par le sceau de la tragédie

Durant les années 2010 et 2020, son nom est régulièrement associé aux débats sur l’avenir de la Couronne.

La question de la succession demeure particulièrement sensible en Thaïlande. Bien que la monarchie soit traditionnellement masculine, plusieurs observateurs estimaient que la princesse possédait les qualités nécessaires pour exercer un rôle majeur au sommet de l’État. Son expérience juridique, diplomatique et militaire, sa proximité avec le roi ainsi que sa popularité auprès d’une partie de l’opinion en avaient fait une figure incontournable. Certains spécialistes avait même  envisagé la possibilité qu’elle puisse devenir reine régnante ou exercer une régence au nom de son demi-frère, le prince Dipangkorn Rasmijoti, unique fils légitime reconnu du souverain.

Dans une monarchie confrontée à de profondes évolutions générationnelles, Bajrakitiyabha représentait un facteur de stabilité et de continuité.

Le destin de la princesse bascule pourtant brutalement le 14 décembre 2022. Alors qu’elle entraîne ses chiens en vue d’une compétition organisée par l’Armée royale thaïlandaise, elle est victime d’un grave malaise. Transportée d’urgence à l’hôpital, elle souffre d’un problème cardiaque qui provoque un effondrement brutal de son état de santé. Très rapidement, les communiqués du Palais évoquent une situation critique.

Pendant plusieurs années, les informations officielles demeurent rares, alimentant les interrogations de l’opinion publique et des observateurs internationaux.

En août 2025, le secrétariat de la Maison royale avait publié une première mise à jour détaillée de son état. Les médecins avaient révélé alors que la princesse souffrait d’une grave infection sanguine nécessitant des traitements intensifs. Elle restera placée sous assistance respiratoire et rénale.

Son état continue cependant de se détériorer. Au printemps 2026, une infection intestinale provoque une nouvelle chute de sa tension artérielle. Malgré les efforts des équipes médicales, la princesse s’éteint le 11 juin 2026 à 19 h 48, à Bangkok.

La mort de Bajrakitiyabha dépasse largement le cadre familial. Son décès ravive désormais les interrogations sur la succession du roi Rama X et sur l’évolution future de la dynastie Chakri. Pour beaucoup de Thaïlandais, elle demeurera la princesse qui aurait pu un jour porter les destinées du royaume et qui, jusqu’à son dernier combat, symbolisa la continuité de l’héritage légué par le roi Bhumibol Adulyadej.

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Frédéric de Natal

Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.

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