Principal artisan de la Révolution française, Georges Jacques Danton a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire. Si son nom est resté célèbre, le destin de ses descendants est, lui, demeuré largement méconnu. Entre fidélité à une mémoire familiale complexe et vie loin des tumultes politiques, leur histoire éclaire sous un jour nouveau l’héritage du tribun révolutionnaire.

Figure incontournable de la Révolution française, Georges Jacques Danton demeure l’un des personnages les plus fascinants et les plus controversés de 1789. Avocat devenu tribun populaire, ministre de la Justice, fondateur du club des Cordeliers et l’un des principaux artisans de la chute de la monarchie, il fut finalement emporté par la mécanique révolutionnaire qu’il avait contribué à mettre en marche.

Condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire et guillotiné le 5 avril 1794, il ne laissa derrière lui qu’une descendance réduite, longtemps éclipsée par la légende de son père.

Pourtant, ses enfants puis ses descendants ont perpétué une mémoire familiale singulière, entre fidélité au souvenir du révolutionnaire et volonté de vivre loin des passions politiques.

Portrait de Georges Danton (1759-1794), orateur et homme politique - P712 - musée Carnavalet @wikicommons

Georges Danton, le géant de la Révolution

Né le 26 octobre 1759 à Arcis-sur-Aube, en Champagne, Georges Jacques Danton appartient à une famille de notables provinciaux. Son père, Jacques Danton, est procureur au bailliage d’Arcis-sur-Aube. Après des études chez les Oratoriens de Troyes puis des études de droit à Reims, il gagne Paris où il devient avocat en 1787.

Lorsque la Révolution éclate en 1789, Danton comprend rapidement que la crise politique dépasse la simple réforme institutionnelle. Orateur exceptionnel, doté d’une voix puissante et d’un charisme hors norme, il devient l’un des visages du mouvement révolutionnaire parisien.

Installé dans le quartier des Cordeliers, il participe à la création du club qui porte ce nom et devient un des chefs de file de la gauche révolutionnaire. Il joue un rôle majeur lors des journées insurrectionnelles qui conduisent à la chute de la monarchie le 10 août 1792.

Quelques semaines plus tard, il devient ministre de la Justice du nouveau régime et prononce son célèbre appel à la mobilisation nationale face à la coalition armée des monarchies : « Il est bien satisfaisant, messieurs, pour les ministres d’un peuple libre, d’avoir à lui annoncer que la patrie va être sauvée. Tout s’émeut, tout s’ébranle, tout brûle de combattre ! (…) Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France sera sauvée !  ».

On le dira sensible au sort du roi Louis XVI. Prudent, il n’entend cependant pas perdre la tête pour autant à l’heure où la guillotine commence ses basses œuvres. « Je ferai avec prudence mais hardiesse tout ce que je pourrai. Je m’exposerai si je vois une chance de succès, mais si je perds toute espérance, je vous le déclare, ne voulant pas faire tomber ma tête avec la sienne, je serai parmi ceux qui le condamneront », aurait-il dit au colonel Théodore de Lambeth, héros de la guerre d’indépendance américaine.  Danton votera finalement la mort.

.A la Convention, ses discours galvanisent. Il justifie les excès de la Révolution dont il prédit l’issue fatale face aux guerres que la République doit livrer. « Faisons ce que n’a pas fait l’Assemblée législative, soyons terribles pour éviter au peuple de l’être et organisons un tribunal non pas bien, c’est impossible, mais le moins mal qui se pourra, afin que le peuple sache que le glaive de la liberté pèse sur la tête de tous ses ennemis. Je demande que, séance tenante, le tribunal révolutionnaire soit organisé, et que le pouvoir exécutif reçoive les moyens d’action et d’énergie qui lui sont nécessaires. » , assène-t-il  peu de temps avant la mise en place du Tribunal révolutionnaire.

Mais l’homme qui avait contribué à lancer la République se retrouve bientôt en opposition avec les Montagnards les plus radicaux conduits par Maximilien de Robespierre. Accusé de corruption, de modérantisme et de complot, de collusion avec les royalistes, Danton est arrêté en mars 1794. Après un procès expéditif, il est condamné à mort.  « Robespierre, tu me suis ! Ta maison sera rasée ! On y sèmera du sel !», lance-t-il prophétiquement à son ancien ami en passant sous ses fenêtres. Peu avant son exécution, place de la Révolution, aujourd’hui place de la Concorde, le 5 avril suivant, il s’écrie au bourreau : « N’oublie pas surtout, n’oublie pas de montrer ma tête au peuple : elle en vaut la peine. ».

La vie privée de Danton fut marquée par plusieurs drames. Il épouse en 1787 Antoinette-Gabrielle Charpentier, fille d’un riche propriétaire parisien. Le couple aura plusieurs enfants, mais la famille est rapidement frappée par les décès. Leur premier fils, François, meurt en bas âge. Antoinette-Gabrielle disparaît en février 1793 après une grossesse difficile. Quelques mois plus tard, Danton épouse Louise Sébastienne Gély, âgée de seulement dix-sept ans, qui avait été proche de ses enfants. Mais ce second mariage est bref : moins d’un an après, Danton est guillotiné.

À sa mort, le tribun révolutionnaire laisse principalement deux fils survivants issus de son premier mariage :  Antoine Danton (1790-1858)  et François-Georges Danton (1792-1848).

Louise Gély (1776-1856), seconde femme de Danton, se tient debout derrière Antoine Danton, fils de Gabrielle Charpentier, première femme de l'avocat.@wikicommons

Les enfants du révolutionnaire entre discrétion et transmission

Né le 18 juin 1790 à Paris, Antoine Danton est celui qui assure la continuité de la lignée directe. Trop jeune pour connaître véritablement son père – il n’a que trois ans lorsque Danton disparaît – il grandit dans l’ombre d’un nom devenu immédiatement historique.

Contrairement à son père, Antoine ne cherche jamais à jouer un rôle politique national. Dans la France post-révolutionnaire, porter le nom de Danton pouvait être autant un héritage prestigieux qu’un fardeau. La mémoire de Danton divise: héros républicain pour certains, responsable des violences révolutionnaires pour d’autres.

Antoine choisit une existence plus discrète. Installé à Arcis-sur-Aube, berceau familial des Danton, il participe à la vie locale et devient membre du conseil municipal. Il épouse Sophie Rivière, dont il aura une fille : Sophie Octavie Danton (1828-1897), meurt en juin 1858.

Cette dernière épouse Louis Menuel, donnant naissance à une nouvelle branche familiale. Leur fils, Georges-André Menuel (1852-1906), prolongera la descendance directe du tribun révolutionnaire avec son fils Luis-Antonio Menuel-Da Cunha de Souza (1901-1990). Une partie de sa famille vit actuellement en Australie.

Une autre génération de descendants du célèbre Danton réside dans les landes. Christian Arnoux, vu dans l’émission Secrets d’Histoire de l’animateur Stéphane Bern consacré à Danton, aux côtés de son fils, a été reçu à de nombreuses reprises par l’Elysée, notamment dans le cadre des festivités du bicentenaire de la Révolution française en 1989. Interrogé régulièrement par les médias locaux, il se déclare « républicain laïc » comme son ancêtre. « Il a su louvoyer pendant la Révolution mais s’est opposé à Robespierre. Il a parfois confondu les caisses de l’État et sa propre bourse. Cet athée pensait que la religion était bonne pour le peuple car elle le faisait rêver. J’assume totalement cette descendance. Ce n’est pas le cas de tout le monde dans la famille. », déclarait-il récemment au quotidien Sud-Ouest à propos du révolutionnaire (2012).

Le second fils survivant de Danton, François-Georges Danton, né en 1792, connaît une existence plus effacée. Il reste attaché à la mémoire paternelle, mais ne fonde pas de descendance connue. Sa disparition en 1848 marque l’extinction de cette branche masculine directe.

La descendance de Danton dans le monde contemporain : Analyse

La postérité de Georges Danton est donc principalement passée par la branche issue d’Antoine Danton et de Sophie Rivière. Avec les mariages successifs, le patronyme Danton disparaît progressivement, mais le sang du révolutionnaire continue de se transmettre à travers d’autres noms.

Contrairement à certaines familles issues de grands personnages historiques – comme les Bonaparte, les Bourbon ou les Romanov- les descendants de Danton n’ont jamais constitué une dynastie familiale visible. Ils n’ont pas cherché à transformer leur ascendance en position sociale ou politique. Des recherches généalogiques indiquent que des descendants collatéraux ou directs de Danton se retrouvent aujourd’hui notamment en France mais également à l’étranger, certaines branches ayant émigré au Chili ou en Australie.

Le destin des descendants de Danton est paradoxal. Alors que leur ancêtre fut l’un des hommes les plus puissants de France pendant quelques mois, leur histoire familiale est celle de la discrétion. Ils héritèrent moins d’un patrimoine matériel – Danton n’était pas un aristocrate ni un grand propriétaire -que d’un nom immense, associé à l’un des moments les plus bouleversants de l’histoire française.

Au XIXe siècle, ses fils durent défendre la mémoire d’un père souvent attaqué. En 1846, Antoine et François-Georges rédigèrent notamment un mémoire destiné à répondre aux accusations portées contre leur père, affirmant leur attachement à son souvenir et contestant les accusations de vénalité qui avaient accompagné sa condamnation.

Georges Danton appartient encore aujourd’hui à cette catégorie rare d’hommes dont le nom dépasse largement la durée de leur existence. Mort jeune, emporté par la Révolution qu’il avait contribué à faire naître, il laissa derrière lui une famille fragile, mais profondément attachée à préserver son souvenir. Loin des palais, des ambitions politiques et de toute volonté de revendiquer un héritage de pouvoir, ses descendants actuels ont choisi la discrétion, faisant vivre une mémoire familiale fondée avant tout sur la transmission, la fidélité à une histoire singulière et le rappel du parcours d’un homme devenu l’une des figures majeures de la Révolution française.


Frédéric de Natal

Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.

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