L’artisanat du santon est fondé sur une somme de savoir-faire transmise de génération en génération au sein de petites entreprises familiales provençales. L’une des familles les plus connues est la famille Carbonel. Un santon ne se dit-il pas « carbonel » aux États-Unis ?

Marcel Carbonel crée son atelier en 1935, dans le quartier Saint-Victor, le VIIe arrondissement de Marseille, à deux pas du Vieux-Port. Mais cette histoire remonte à beaucoup plus loin : son père, Victor Carbonel, réalisait des crèches en liège et les vendait à la Foire internationale de Marseille dès la fin du XIXe siècle. Le jeune Marcel grandit dans cet univers, puis fait des études pour être lithographe. Il s’initie à la couleur. Après le décès de son père, ne pouvant plus continuer ses études, il lance son atelier de santons. Il commence très jeune à le modeler, s’inspirant des créations d’une autre santonnière. Il est vrai qu’à cette époque les santonniers travaillent de façon très artisanale, très archaïque. Certaines familles ont hérité de moules parfois usés et de diverses provenances. Les figurines étaient peintes le soir, à la veillée, sans beaucoup de méthode. Marcel Carbonel fabrique ses propres couleurs en broyant des pigments. Tout est fait à la gouache et l’atelier utilise toujours plus de deux cents couleurs différentes.

Le succès très rapide de ce créateur et entrepreneur réside dans l’extrême qualité de son modelage et le choix des teintes, qui, une fois définies, ne changeaient plus. Il crée ainsi un santon type servant de modèle à tous les autres. Ce qui lui a permis de réaliser des catalogues pour les détaillants parisiens ou étrangers. Il était enfin possible de commander cinquante « saint Joseph » tous parfaitement identiques et d’une qualité constante ! En 1966, le fils de Marcel, Claude Carbonel, se sépare de son père pour un « problème de dogme ». Marcel refusait en effet de réaliser des santons habillés, estimant que la tradition n’était pas respectée et qu’il s’agissait là « d’un travail de couturière » ! Claude a souhaité suivre la tendance, ses santons habillés étaient de qualité. Depuis sa disparition, en 2016, c’est son fils Nicolas qui a pris la suite.

Pendant ce temps, les Ateliers Marcel Carbonel poursuivaient leur chemin. Bien avant la mort de Marcel, survenue en 2003, sa fille Danièle et son mari, Alfred Renoux, avaient repris le flambeau. Et jusqu’à ces derniers mois, c’était leur fils Philippe Renoux qui poursuivait l’activité. En mai 2021, la famille Vitali a repris les Ateliers Marcel Carbonel, considérés comme une « Entreprise du Patrimoine Vivant », un label décerné par l’État pour récompenser les entreprises qui font rayonner la France à l’international grâce à leur savoir-faire.

Olivier Certain

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Frédéric de Natal

Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.

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