Marin passionné, père de famille, souverain proche de son peuple, Harald V aura été le visage d’une Norvège moderne, attachée à ses traditions autant qu’à son ouverture au monde. Avec sa disparition à l’âge de 89 ans, s’éteint l’un des derniers grands monarques européens issus de l’après-guerre.
La Norvège est en deuil. Le roi Harald V s’est éteint après un règne de 35 ans.
Harald V a vu le jour le 21 février 1937 au domaine de Skaugum, près d’Oslo. Fils unique du prince héritier et futur roi Olav V (1903-1991) et de la princesse Märtha de Suède (1901-1954), sa naissance intervient dans une Europe encore fragile, deux ans seulement avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. C’est d’ailleurs la première fois qu’un prince royal de Norvège voit le jour sur le sol national.
Son enfance sera profondément marquée par l’épreuve de l’exil. En 1940, lorsque l’Allemagne nazie envahit la Norvège, la famille royale doit fuir le pays. Le jeune prince Harald, âgé de seulement trois ans, gagne d’abord la Suède avec sa mère et ses sœurs, avant de rejoindre les États-Unis, où la famille trouve refuge à Washington. Cette période forge durablement son caractère. Loin des fastes royaux, Harald découvre une vie plus simple, entouré de Norvégiens exilés et confronté très tôt aux responsabilités historiques attachées à son nom.
Son père devient pendant la guerre un symbole de résistance nationale. À travers lui, Harald apprend que la monarchie norvégienne n’est pas seulement une institution, mais un lien émotionnel entre un peuple et son histoire.

Un héritier préparé au service de la Couronne
À la Libération, le jeune prince revient en Norvège. Il suit une formation militaire, notamment dans l’armée norvégienne, puis poursuit ses études au Royaume-Uni, au prestigieux collège de Balliol à Oxford.
Mais Harald reste profondément attaché à son pays. Contrairement à l’image parfois distante associée aux familles royales européennes, il cultive une personnalité pragmatique, proche des réalités nationales. Sportif accompli, il représente la Norvège en voile aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964, Mexico en 1968 et Munich en 1972. Cette passion pour la mer accompagnera toute son existence : elle reflète un lien intime avec une nation façonnée par ses fjords, ses navigateurs et son héritage maritime.
En août 1968, Harald épouse Sonja Haraldsen, une roturière issue d’une famille bourgeoise d’Oslo.
Cette union provoque alors de nombreuses discussions au sein de la société norvégienne. Pendant neuf ans, le prince héritier attend l’autorisation de son père avant de pouvoir épouser celle qu’il aime. Le roi Olav V finit par accepter ce mariage historique face à la ténacité de son fils, seul héritier mâle à la couronne. Harald et Sonja deviennent ainsi le premier couple royal norvégien moderne où la future reine n’appartient pas à une famille royale étrangère.
Leur histoire d’amour, longue de plus d’un demi-siècle, devient l’un des piliers affectifs de la monarchie. Ensemble, ils incarnent une institution plus humaine, plus accessible, moins protocolaire, couronné par la naissance de deux enfants : Martha-Louise en 1971 et Haakon Magnus en 1973.
Souverain de Norvège
Le 17 janvier 1991, après la mort du roi Olav V, Harald devient roi de Norvège. Il adopte alors la devise traditionnelle de ses prédécesseurs : « Alt for Norge » (« Tout pour la Norvège »).
Son accession intervient dans une période de grands bouleversements : fin de la Guerre froide, transformations européennes, mondialisation accélérée. Contrairement à certains souverains qui cherchent à imposer une vision politique, Harald V choisit une autre voie : celle de la stabilité, de la neutralité institutionnelle et de la proximité.
Il n’est pas un roi gouvernant, mais un roi qui entend unir sous son nom. Son style tranche avec l’image traditionnelle de la royauté européenne : il apparaît souvent en tenue simple, partageant les passions de ses compatriotes, parlant avec franchise et humour.. Dans le système constitutionnel norvégien, ses pouvoirs sont essentiellement représentatifs. Pourtant, son influence morale demeure considérable. A diverses reprises, les élus républicains du Parlement ont tenté de faire abolir vainement l’institution royale sans y parvenir. Pas moins de six fois entre 2012 et 2026.
Lors des grandes crises nationales, il devient une figure de rassemblement. Après les attentats du 22 juillet 2011, qui frappent durement la Norvège, son discours appelant à davantage de démocratie, d’ouverture et d’unité marque profondément le pays. Quelques jours après la tragédie, des dizaines de milliers de Norvégiens se rassemblent avec des roses à Oslo. Le roi devient alors le symbole d’une nation meurtrie mais résiliente.
En 2022, il prononce un discours inattendu, resté célèbre, en faveur de la communauté LGBT où il se fera le défenseur « des filles qui aiment les filles, des garçons qui aiment les garçons, et des filles et des garçons qui s’aiment ». Une ode à la tolérance chaleureusement applaudie dans le royaume
Un règne confronté aux défis du XXIᵉ siècle
Le règne de Harald V n’aura pas été exempt de difficultés.
Comme toutes les monarchies européennes, la Maison royale norvégienne a dû affronter les interrogations d’une société moderne : place de l’institution monarchique, transparence financière, évolution des traditions. Les dernières années de son règne ont également été marquées par des controverses touchant certains membres de la famille royale comme le remariage de sa fille avec un shaman afro-américain controversé ou encore l’affaire Marius Borg Høiby, du nom de la fils de sa bru, la princesse héritière Mette-Marit, obligeant l’institution à défendre son image dans un environnement médiatique beaucoup plus exigeant.
Malgré diverses alertes médicales (entre 2019 et 2026), Harald V aura conservé une popularité importante (9/10 selon un sondage de 2026), notamment grâce à son image d’homme sincère, constant et attaché au devoir. Tout au long de son règne, il a préparé naturellement la transition vers son fils, le prince héritier Haakon, qui a occupé à plusieurs reprises le poste de régent. Celui-ci représentant une nouvelle génération : plus jeune, plus internationale, mais formée dans la continuité de la tradition familiale.
Avec le nouveau roi Haakon VIII et sa fille, la princesse héritière Ingrid Alexandra (22 ans) appelée à jouer un rôle majeur dans l’avenir de la monarchie, ce 28 août 2026 Harald V laisse derrière lui une institution solide, capable d’évoluer sans renier ses racines.
À l’heure où plusieurs monarchies européennes cherchent leur place dans un monde en mutation, il aura démontré qu’un roi peut influencer une nation sans gouverner, unir sans imposer, représenter sans dominer. Il restera comme le roi qui n’a jamais cherché à être au-dessus des Norvégiens, mais parmi eux.
Frédéric de Natal
Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.







