Quelques jours seulement après la disparition du roi Harald V, son fils Haakon VIII a officiellement marqué son entrée dans ses fonctions devant le Storting. Une cérémonie sobre et solennelle, à l’image de la monarchie norvégienne, qui intervient alors que la popularité de l’institution connaît un spectaculaire rebond.
Le changement de règne s’inscrit désormais dans la réalité institutionnelle norvégienne. Mardi 1er septembre, le roi Haakon VIII a prêté serment devant le Parlement, s’engageant à exercer sa charge dans le respect de la Constitution et des lois du royaume.
Âgé de 53 ans, le nouveau souverain est devenu roi dès la disparition de son père, Harald V, le 28 août 2026. Mais cette cérémonie devant le Storting a constitué un moment particulièrement symbolique : elle a donné une dimension publique et constitutionnelle à une succession qui, conformément aux règles de la monarchie norvégienne, s’est opérée automatiquement.
Une monarchie sans couronnement
À Oslo, point de couronne posée sur la tête du nouveau souverain, ni de faste comparable aux cérémonies des monarchies européennes les plus traditionnelles. La Norvège a abandonné le couronnement en 1908. Trois ans après son indépendance, suite à un référendum, et sa séparation avec la Suède.
Le serment prêté devant les représentants de la nation constitue ainsi l’un des principaux moments solennels accompagnant l’accession d’un nouveau monarque. Pour le roi Haakon VIII, cette cérémonie revêtait une dimension supplémentaire : elle était sa première intervention officielle devant le Parlement en tant que roi. Jusqu’ici, il avait accompagné son père comme prince héritier
Le souverain a notamment exprimé son souhait de préserver les relations étroites entre la Couronne et le Parlement, dans la continuité de ses prédécesseurs. Une manière de rappeler que, dans le système norvégien, la monarchie n’est pas conçue comme une institution concurrente du pouvoir politique, mais comme l’un des symboles de la continuité de l’État. Le président du Storting, Masud Gharahkhani, a lui aussi rendu hommage à la figure du défunt Harald V, saluant notamment son rôle dans la défense des valeurs démocratiques et son aptitude à rassembler les Norvégiens.
Aux côtés du nouveau roi se trouvait sa fille aînée, la princesse héritière Ingrid Alexandra. À 22 ans, celle qui était jusqu’ici deuxième dans l’ordre de succession est désormais directement appelée à succéder à son père ou occuper des fonctions de régente. Le passage de témoin entre les générations est donc particulièrement visible : après Harald V et Haakon VIII, c’est déjà Ingrid Alexandra qui incarne l’avenir de la dynastie. Lorsque sera venu le temps pour elle de régner, elle sera la première femme à occuper un trône norvégien depuis le XVe siècle.
La jeune héritière semble d’ailleurs bénéficier d’une image favorable auprès de l’opinion publique. Le dernier sondage Norstat réalisé pour la NRK lui attribue une note de 8,1 sur 10, contre 7,5 quelques mois auparavant. Le roi Haakon obtient quant à lui 8,8 sur 10, juste derrière sa mère, la reine Sonja, créditée de 8,9.
La cérémonie a néanmoins été assombrie par l’absence de la nouvelle reine. Mette-Marit, 53 ans, qui a récemment subi une transplantation pulmonaire, n’a pas pu accompagner son époux devant le Parlement en raison de nouvelles complications nécessitant une surveillance médicale et son hospitalisation.
Cette absence rappelle que le début du règne d’Haakon VIII se déroule dans une période particulièrement délicate pour la famille royale. La santé de la reine constitue désormais l’un des principaux sujets d’attention autour de la nouvelle famille souveraine, alors que le pays demeure encore plongé dans le deuil de Harald V.
La monarchie retrouve des couleurs
Le changement de règne intervient surtout dans un contexte particulièrement intéressant pour l’avenir de la Couronne.
Après plusieurs mois difficiles, marqués par les controverses entourant certains membres de la famille royale, la monarchie norvégienne semble retrouver une partie de son crédit auprès de la population.
Selon le nouveau sondage Norstat pour la NRK, 72 % des Norvégiens déclarent désormais soutenir la monarchie constitutionnelle, contre 64 % lors de la précédente enquête réalisée en mai. À l’inverse, 20 % se prononcent en faveur d’une république ou d’un autre système politique, tandis que 8 % demeurent indécis. Durant le règne du roi Harald V, la Parlement a refusé plusieurs fois d’abolir l’institution royale dont l’identité est au cœur même de cette nation viking.
Le chiffre est cependant particulièrement significatif : il intervient après une période où la famille royale avait été fragilisée par plusieurs affaires et controverses. La disparition de Harald V semble donc avoir provoqué un mouvement de solidarité autour de la Couronne. Le roi défunt, qui avait régné pendant 35 ans, était progressivement devenu une figure largement consensuelle de la société norvégienne.
Le nouveau souverain hérite ainsi d’une institution à la fois solide et vulnérable. Solide, parce que la monarchie conserve une majorité nette dans l’opinion. Vulnérable, parce que cette popularité dépend largement de la capacité de la famille royale à préserver son image de proximité, de sobriété et de neutralité politique.
Harald V avait profondément incarné cette conception moderne de la monarchie. Sa personnalité chaleureuse, son humour et son aptitude à s’adresser directement à la population avaient contribué à renforcer son image de souverain rassembleur. Le Premier ministre Jonas Gahr Støre avait d’ailleurs souligné, au lendemain de sa disparition, son amour pour la Norvège et son rôle fédérateur. Haakon VIII devra désormais démontrer qu’il peut reprendre ce flambeau sans chercher à reproduire exactement le règne de son père. Son parcours constitue toutefois un atout : pendant des années, il a travaillé aux côtés du défunt roi Harald et a progressivement assumé une part croissante des obligations de la Couronne.
Son accession n’est donc pas celle d’un prince appelé brutalement à régner, mais celle d’un héritier préparé de longue date à exercer la fonction suprême, placé sous le signe de la continuité institutionnelle : Continuité avec Harald V, dont l’ombre demeure omniprésente à Oslo, continuité avec Olav V et Haakon VII, dont le nouveau roi entend préserver l’héritage. Mais aussi continuité dynastique avec Ingrid Alexandra, désormais officiellement princesse héritière.
Dans une Norvège qui vient de perdre un souverain profondément populaire, le roi Haakon VIII doit maintenant construire sa propre relation avec son peuple.
Frédéric de Natal
Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.







