Le roi Harald V est décédé à l’âge de 89 ans. Son fils héritier lui succède sous le nom d’Haakon VIII. Il va devoir relever un défi : celui de renouveler la monarchie.

Ce 278026, l’accession au trône du prince héritier Haakon ouvre une nouvelle page pour la monarchie norvégienne et sa dynastie montée sur le trône, il y a plus d’un siècle. Héritier d’une dynastie particulièrement populaire, il devra pourtant affronter un défi inédit : préserver l’institution alors que la confiance des Norvégiens dans la famille royale a été ébranlée par plusieurs scandales et controverses.

Généalogie de la Maison de Glücksbourg@FDN

Une enfance royale, mais une formation résolument moderne

Né le 20 juillet 1973, Haakon Magnus est le fils cadet du roi Harald V et de la reine Sonja. Portant le nom du fondateur de la dynastie, appelé à monter sur le trône de Norvège après sa séparation avec la Suède en 1905,  son destin bascule à la mort de son grand-père, le roi Olav V en 1991. son père monte sur le trône et il devient prince héritier à seulement 17 ans.

Sa formation tranche avec l’image parfois traditionnelle des monarchies européennes. Après son service dans la marine norvégienne, il obtient un diplôme de sciences politiques à l’Université de Californie à Berkeley (1999), puis un master en études du développement à la London School of Economics (2003), avec une spécialisation portant notamment sur le commerce international et l’Afrique. Il a également suivi une formation au sein du ministère norvégien des Affaires étrangères.

Comme tous les princes appelés à régner, il va suivre une formation militaire stricte (1995), Haakon est aujourd’hui général des forces armées norvégiennes et amiral de la marine (depuis 2013). Mais derrière l’uniforme, le futur souverain a toujours cultivé une image beaucoup plus décontractée : sports nautiques, surf, planche à voile, nature et activités de plein air font partie de ses grandes passions.

Mette-Marit, le mariage qui avait fait scandale

Avant même les crises récentes, Haakon avait connu sa première grande tempête médiatique avec son choix amoureux.

En août 2001, il épouse Mette-Marit Tjessem Høiby, une mère célibataire issue d’un milieu très éloigné des cercles royaux. Son passé, notamment ses fréquentations et certaines expériences de jeunesse qui l’ont poussé à user de substances illicites, avait alors déclenché une importante controverse en Norvège. Mais le prince assume son choix. Le mariage célébré dans la cathédrale d’Oslo- le roi Frederik X sera son témoin- marque un tournant : Haakon impose l’idée d’une monarchie capable d’épouser les évolutions de la société norvégienne.

Le couple aura deux enfants, la princesse Ingrid Alexandra (née en 2004), appelée à succéder un jour à son père (la loi salique a été abolie en 1990), et le prince Sverre Magnus (né en 2005).

Le drame Marius Borg Høiby : la crise qui frappe aux portes du trône

C’est précisément autour de Marius Borg Høiby, né de la première relation de son épouse, que se joue aujourd’hui l’une des plus graves crises de l’histoire récente de la monarchie.

Son beau-fils, qui n’est ni membre de la maison royale ni dans l’ordre de succession, a été condamné en juin 2026 par le tribunal d’Oslo à quatre ans de prison, notamment pour deux viols, des violences et d’autres infractions. Il a fait appel de cette décision. L’affaire a placé Haakon et Mette-Marit sous une pression médiatique et politique considérable.

Pour le nouveau roi, le problème dépasse largement le cadre familial. Comment protéger sa famille sans donner l’impression que la Cour cherche à se protéger elle-même ? Comment maintenir la séparation entre la justice et la monarchie tout en faisant face à un scandale qui touche directement son foyer ?

À cela s’ajoutent les controverses ayant entouré Mette-Marit, notamment ses relations passées avec Jeffrey Epstein, révélées par la publication de nouveaux documents et d’échanges de courriels. Ces révélations ont relancé le débat sur sa capacité à assumer, un jour, le rôle de reine.

Sans compter la relation, suivie du remariage de sa sœur Martha-Louis de Norvège, avec le chaman controversé afro-américain Durek Verett en 2024 qui a été largement critiqué par l’opinion publique.

Une monarchie populaire, mais désormais fragilisée

Le paradoxe norvégien est là.

Si le roi Harald V est resté une figure extrêmement respectée, la monarchie, elle, a été fragilisée par l’accumulation des affaires. En février 2026, une nouvelle tentative d’abolition de la monarchie a été largement rejetée par le Parlement. Pourtant, les enquêtes d’opinion ont montré un recul sensible du soutien à l’institution (entre 60 et 70% de soutien selon les sondages).

Haakon hérite donc d’un trône qui n’est pas menacé à court terme, mais d’une monarchie qui ne peut plus se contenter de vivre sur le capital de sympathie accumulé par son père. C’est d’autant plus délicat que Harald V a incarné pendant plus de trois décennies une forme de stabilité nationale. Le nouveau souverain devra désormais convaincre les Norvégiens qu’il ne sera pas seulement « le fils de Harald ».

Haakon possède néanmoins plusieurs atouts. Son parcours international, sa connaissance des institutions, son expérience diplomatique et son intérêt pour les questions de développement, d’environnement et de nouvelles technologies correspondent à l’image d’une Norvège moderne et tournée vers le monde. Ses engagements officiels l’ont également conduit à défendre le dialogue international, l’innovation, la culture et les nouvelles formes de coopération économique.

Mais le véritable défi sera peut-être plus politique que diplomatique : réinventer la fonction royale sans la banaliser. Haakon devra trouver le juste équilibre entre une monarchie plus proche des Norvégiens et une institution capable de conserver la distance, la neutralité et la dignité qui constituent précisément sa raison d’être.


Frédéric de Natal

Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.

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