La récente nomination d’Enrique Lasso de la Vega à la tête de la Députation permanente et du Conseil des Grands d’Espagne marque une nouvelle étape pour la noblesse ibérique. Héritier d’un titre vieux de plus de trois siècles, il incarne aujourd’hui la continuité d’une tradition familiale profondément ancrée dans l’histoire politique et monarchique du pays.

La noblesse espagnole a récemment désigné un nouveau visage pour incarner ses institutions. Enrique Lasso de la Vega y Valdenebro, comte de Casa Galindo, a été nommé doyen de la Députation permanente et du Conseil des Grands d’Espagne et des Titres du Royaume.

Proposée par la duchesse d’Arcos, María Cristina de Ulloa y Solís-Beaumont, et validée par l’Assemblée, cette nomination consacre un homme de 40 ans, juriste de formation et engagé dans la vie publique. Membre du Parti populaire, il a notamment exercé des responsabilités administratives importantes, dont celle de directeur général des relations avec les communautés autonomes.

Dans son discours d’inauguration, il a insisté sur « la responsabilité » que représente cette fonction, tout en affirmant sa volonté de poursuivre le renouvellement de l’institution. À ses yeux, la noblesse ne peut plus se limiter à un héritage honorifique : elle doit s’inscrire dans une logique de service, fondée sur le mérite, l’exemplarité et l’engagement envers la société.

Enrique Lasso de la Vega @DR

Une noblesse entre tradition et modernité

À travers cette prise de fonction, Enrique Lasso de la Vega entend consolider les relations institutionnelles de la Députation et renforcer son rôle consultatif auprès de la Couronne. Fondée au début du XIXe siècle, cette institution demeure aujourd’hui un trait d’union entre l’histoire aristocratique de l’Espagne et ses structures contemporaines.

Séville, berceau familial, reste au cœur de son identité. Comme nombre de ses ancêtres, il est membre de l’Armurerie royale de cavalerie de Séville, où il occupe le poste de second adjoint depuis l’année dernière. Il a hérité de son titre de noblesse, assorti de la Grandesse d’Espagne, de son père, Miguel Lasso de la Vega y Porres, marquis de Torres de la Pressa, Grande d’Espagne, décédé en février dernier. Sa mère, Beatriz Valdenebro Halcón, fille du marquis de Ruchena, a d’ailleurs épousé son père le 15 avril 1980 à Séville, dans la chapelle Notre-Dame du Rosaire de l’Armurerie royale de cavalerie.

Mais pour comprendre la portée de cette nomination, il faut remonter aux origines mêmes du titre qu’il porte.

Le comté de Casa Galindo trouve son origine dans l’Espagne naissante des Bourbons. En 1713, le roi Philippe V crée ce titre au bénéfice de Juan Fernández-Galindo y Lasso de la Vega, conseiller de la ville d’Écija.

Ce geste n’est pas anodin. Il est partie intégrante d’une stratégie politique claire : récompenser les fidélités locales après la guerre de Succession d’Espagne et asseoir l’autorité de la nouvelle dynastie. Dès lors, la famille Lasso de la Vega s’inscrit dans le cercle des élites provinciales appelées à jouer un rôle dans la consolidation de l’État monarchique.

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Andrés Lasso de la Vega (gauche) et le roi Alphonse XII (droite) @wikicommons

Andrés Lasso de la Vega : un acteur clé de la Restauration

Au XIXe siècle, la lignée atteint son apogée politique avec Andrés Lasso de la Vega y Quintanilla, figure majeure du conservatisme andalou.

Né à Séville en 1827, docteur en droit, il mène une brillante carrière politique : député aux Cortes, sénateur, gouverneur de plusieurs provinces, il s’impose comme un pilier de l’ordre établi dans une Espagne agitée par les révolutions.

Lorsque la révolution de 1868 renverse la reine Isabelle II, il choisit sans hésiter le camp monarchiste. Fidèle à Antonio Cánovas del Castillo (leader du Parti conservateur), il participe activement aux préparatifs du retour des Bourbons chassés de leur trône par une révolution en 1868. Arrêté par les autorités révolutionnaires, il ne retrouve la liberté qu’à la faveur du soulèvement de Sagonte en 1874, qui permet l’accession au trône de Alphonse XII. Son engagement lui vaut alors la Grandeur d’Espagne, distinction suprême qui consacre son rôle dans la Restauration.

Homme politique, Andrés Lasso de la Vega est aussi un intellectuel reconnu. Président de l’Académie des Beaux-Arts de Séville et membre de l’Académie royale des Belles-Lettres, il participe à la vie culturelle de son temps.

Dans ses dernières années, retiré à Carmona, il entreprend la rédaction d’une histoire de la noblesse espagnole, témoignage d’une volonté de transmettre une mémoire familiale et nationale. Il meurt en 1900, laissant derrière lui une image d’homme d’État fidèle à la monarchie.

Palais de la Casa Galindo@wikicommons

Une continuité au service de la Couronne

De la création du titre sous Philippe V à la nomination récente d’Enrique Lasso de la Vega, le comté de Casa Galindo illustre une remarquable continuité. À chaque époque, ses titulaires ont su adapter leur rôle aux réalités politiques du moment.

Aujourd’hui, dans une Espagne démocratique où la noblesse n’exerce plus de pouvoir direct, cette continuité passe par l’influence institutionnelle, la mémoire historique et l’engagement civique.

En assumant ses nouvelles fonctions, Enrique Lasso de la Vega s’inscrit dans cette longue tradition : celle d’une aristocratie qui, sans renier son passé, cherche encore sa place dans le présent.


Frédéric de Natal

Rédacteur en chef du site revuedynastie.fr. Ancien journaliste du magazine Point de vue–Histoire et bien d’autres magazines, conférencier, Frédéric de Natal est un spécialiste des dynasties et des monarchies dans le monde.

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